Le feuilleton judiciaire de Mamadou Hawa Gassama aura été aussi bref qu’intense. Moins de deux semaines après avoir été condamné à trois ans de prison ferme pour « offense au chef de l’État » ivoirien, l’ancien député malien et figure du CNT a recouvré la liberté ce 10 février à Abidjan. Si son avocat, l’ancien ministre malien de la Justice Me Konaté, s’est montré évasif sur les modalités juridiques de cet élargissement, le doute n’est guère permis : après une condamnation définitive au Plateau, seule la main d’Alassane Ouattara — via une grâce présidentielle — a pu ouvrir les portes du centre pénitentiaire.
Cette libération éclair ne relève pas du simple hasard judiciaire, mais s’inscrit dans la grammaire diplomatique singulière qui lie désormais la Côte d’Ivoire au Mali. En choisissant la voie de la clémence, Abidjan semble répondre en écho à l’épisode des 49 soldats ivoiriens, arrêtés à Bamako en 2022 puis libérés début 2023 à la suite d’une grâce d’Assimi Goïta. Dans cette sous-région où les tensions politiques sont légion, la figure de Gassama — réputé pour son franc-parler volcanique — est devenue, bien malgré elle, une monnaie d’échange permettant d’acheter un moment d’apaisement entre deux capitales aux relations souvent électriques.
Au-delà du cas personnel de l’ancien élu de Yélimané, cet dénouement souligne la prépondérance du « fait du prince » sur la rigueur des tribunaux dès lors que la raison d’État entre en jeu. En éteignant l’incendie Gassama, Alassane Ouattara fait d’une pierre deux coups : il évite de transformer un membre de l’organe législatif malien en martyr de la liberté d’expression tout en envoyant un signal de décrispation aux autorités de Bamako. Une diplomatie de l’équilibre qui, si elle froisse parfois l’indépendance de la justice, demeure l’outil privilégié pour stabiliser l’axe Abidjan-Bamako.


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