L’insécurité chronique qui ronge l’est de la République démocratique du Congo a franchi un nouveau palier d’horreur le week-end dernier. Dans la nuit du samedi au dimanche, au moins 25 civils ont été froidement exécutés dans la province de l’Ituri, lors d’une incursion attribuée aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF). Ce massacre, perpétré dans les villages d’Otmaber et de Bwanasula, illustre une fois de plus l’extrême vulnérabilité des populations rurales face à une nébuleuse armée qui frappe sans distinction, au cœur d’une zone forestière isolée et difficile d’accès.
Les victimes de cette énième tragédie sont majoritairement des agriculteurs, surpris alors qu’ils travaillaient dans leurs champs pour assurer la subsistance de leurs familles. Selon Léon Undemutau Manzaleke, responsable de la société civile de la chefferie des Walese-Vonkutu, ce bilan provisoire de 25 morts pourrait s’alourdir, alors que des défenseurs des droits humains locaux signalent également l’enlèvement de plusieurs civils. Cette tactique de terreur, mêlant exécutions sommaires et kidnappings, vise à vider les terres arables de leurs habitants pour asseoir l’influence des groupes armés sur ces couloirs stratégiques.D’origine ougandaise, les ADF se sont imposés depuis le milieu des années 1990 comme le groupe le plus meurtrier de la région, comptabilisant des milliers de victimes civiles à leur actif. Depuis 2019, la menace a pris une dimension transnationale avec l’allégeance du groupe à l’organisation État islamique (EI).
Désormais intégrés à la « province d’Afrique centrale » de l’EI (Iscap), les rebelles bénéficient d’une résonance médiatique et idéologique qui complique singulièrement les opérations de pacification menées par les forces armées régulières et leurs alliés.Ce massacre en Ituri remet sous les projecteurs l’incapacité des dispositifs sécuritaires actuels à protéger durablement les zones rurales éloignées des grands centres urbains. Malgré les opérations militaires conjointes et l’état de siège en vigueur dans la région, les cycles de violence se succèdent, laissant des populations meurtries et des territoires en proie au chaos. Pour Kinshasa, le défi reste immense : transformer les victoires tactiques en une sécurité pérenne pour des citoyens dont le seul tort est de vouloir cultiver leurs terres en paix.


Commentaires