L’ombre de 1994 plane-t-elle à nouveau sur l’Afrique centrale ? Le 22 janvier prochain, les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se réuniront en sommet extraordinaire à Brazzaville, à l’invitation de Denis Sassou N’Guesso. L’ordre du jour est brûlant : stopper l’hémorragie des réserves de change qui menace directement la parité du franc CFA. En l’espace de quelques mois, la zone a vu s’évaporer près de 1 300 milliards de FCFA de ses actifs extérieurs net. Cette érosion brutale réduit drastiquement la marge de manœuvre de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) et place la région dans une position de vulnérabilité inédite face aux chocs exogènes.
Le diagnostic du Fonds monétaire international (FMI) est sans appel : la gestion des finances publiques manque de rigueur et les règles communautaires de convergence sont trop souvent ignorées. Plus inquiétant encore, la région semble naviguer à vue, privée du filet de sécurité que constituent les programmes d’ajustement. À l’exception notable du Tchad, la majorité des États membres ne bénéficie d’aucun appui financier actif de l’institution de Washington. Ce désengagement de fait limite les capacités de refinancement et fragilise la crédibilité de la zone auprès des investisseurs internationaux, transformant ce sommet de Brazzaville en une opération de sauvetage de la dernière chance.Pour renflouer les coffres, une piste audacieuse est désormais sur la table des décideurs : la domiciliation impérative à la BEAC des fonds de réhabilitation des sites pétroliers et miniers. Jusqu’ici logées dans des comptes offshore ou échappant au contrôle de la banque centrale, ces ressources, estimées à plusieurs milliers de milliards de FCFA, pourraient agir comme une bouffée d’oxygène salvatrice. Cependant, l’application d’une telle mesure se heurte aux intérêts des majors extractives et à la discipline des États, qui devront accepter de rapatrier ces devises pour consolider le trésor commun au lieu de privilégier des intérêts nationaux immédiats.
L’enjeu de cette rencontre dépasse la simple technicité monétaire ; il est éminemment politique. Si les chefs d’État ne parviennent pas à un consensus fort et à des actions immédiates, le spectre d’une dévaluation, que beaucoup pensaient définitivement écarté, pourrait redevenir une amère réalité. La stabilité de l’Afrique centrale se joue sur une ligne de crête : entre la nécessité de réformes structurelles douloureuses et l’urgence de protéger un pouvoir d’achat déjà éprouvé. À Brazzaville, les dirigeants de la sous-région n’auront pas seulement à gérer une crise de liquidités, mais à prouver la solidité d’une union monétaire plus que jamais mise à l’épreuve.


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