C’est une entrée en matière pour le moins singulière qu’a offerte Donald Trump à Washington lors de la séance inaugurale de son « Conseil de la paix ». Devant un parterre de chefs d’État et de représentants de près de cinquante nations, le locataire de la Maison Blanche a orchestré une rencontre au formalisme incertain, alternant entre l’appel nominal des dirigeants présents et l’auto-célébration de son bilan international. Si l’instance se veut une plateforme de résolution des conflits à l’échelle globale, le discours décousu du président américain, ponctuée d’affirmations sur la fin de « huit guerres », a laissé nombre d’observateurs sur leur faim quant à la feuille de route réelle de cette nouvelle institution multilatérale.
Le dossier brûlant de la reconstruction de la bande de Gaza, pourtant au cœur de la genèse de ce Conseil, a été relégué au second plan d’un agenda aux contours mouvants. Donald Trump a certes confirmé la mobilisation de 7 milliards de dollars destinés à un fonds de reconstruction, mais a immédiatement assorti ce levier financier d’une conditionnalité stricte : le désarmement préalable du Hamas. Cette approche, qui lie l’aide humanitaire et structurelle à une reddition politique, place les acteurs régionaux devant un dilemme complexe, d’autant que le président a multiplié les digressions, préférant évoquer un mystérieux ultimatum de dix jours concernant le dossier iranien plutôt que de détailler les mécanismes de l’aide à l’enclave.Au-delà des effets d’annonce, la composition même de ce Conseil — où se côtoient 27 pays fondateurs et des figures aussi diverses que Gianni Infantino, patron de la FIFA — interroge sur la stratégie de « soft power » que Washington entend déployer.
En élargissant la mission initiale de l’organisme à une résolution globale des litiges, l’administration américaine semble vouloir instaurer un nouveau forum diplomatique sous son influence directe, court-circuitant parfois les canaux traditionnels. Entre les menaces voilées adressées à Téhéran et les promesses de milliards pour Gaza, le « Conseil de la paix » ressemble pour l’heure davantage à un instrument de pression transactionnel qu’à une architecture de paix durable.


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