C’est un séisme silencieux qui secoue le secteur de la santé au Gabon depuis ce 25 février 2026. Le Samu Social Gabonais, véritable poumon de la médecine de proximité et de l’urgence gratuite, a annoncé avec « beaucoup de regrets » la suspension momentanée de ses prises en charge. Officiellement, l’institution invoque la nécessité d’un inventaire semestriel rigoureux pour garantir la qualité des soins, conformément aux standards internationaux. Mais derrière ce langage administratif se cache une réalité plus brutale : l’impossibilité de maintenir en vie des compatriotes « au forceps » face à une pénurie de moyens qui menace désormais de transformer les soins en « décès évitables ».
L’impact social de cette fermeture temporaire s’annonce dévastateur. Avec 2 500 consultations quotidiennes et le plus grand parc de couveuses fonctionnelles du pays, le Samu Social gérait jusqu’ici l’ingérable, palliant les carences chroniques d’un système de santé public souvent hors de portée des bourses les plus modestes. En invitant cordialement ses patients — des nourrissons prématurés aux malades de la cataracte — à se diriger vers des structures publiques « certes existantes mais payantes », l’organisation met indirectement en lumière le gouffre financier qui sépare les Gabonais du droit fondamental à la santé.Pour les observateurs de la vie politique gabonaise, ce coup d’arrêt sonne comme un ultime avertissement adressé aux autorités.
Alors que l’institution affirme ne plus vouloir naviguer à vue sans les ressources nécessaires à sa mission régalienne, cette suspension interroge sur la pérennité d’un modèle reposant sur le dévouement d’une seule entité face à une demande exponentielle. Si la « gloire à Dieu » conclut traditionnellement les messages de l’organisation, c’est désormais vers l’État que les regards se tournent, dans l’espoir d’un arbitrage budgétaire rapide capable de relancer cette machine vitale pour la stabilité sociale du pays.


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