Le monde de l’administration forestière gabonaise est sous le choc après la révélation d’une usurpation de fonction d’une longévité sans précédent à Tchibanga.Yves Mbadinga Mounbandjo, âgé de 48 ans, a été interpellé par les services de la Police Judiciaire (PJ) pour s’être fait passer, durant près de trois décennies, pour un haut gradé du corps des Eaux et Forêts. Revêtu d’uniformes et d’insignes plus vrais que nature, cet imposteur de haut vol a réussi, depuis 1998, l’exploit de présider des réunions officielles et de donner des ordres à de véritables agents, semant une confusion totale au sein des services déconcentrés de l’État dans la province de la Nyanga.La supercherie, d’une audace rare, lui a permis de s’introduire dans les cercles décisionnels les plus restreints du département ministériel.
En se faisant passer pour un colonel influent, l’individu a participé à des rencontres stratégiques et a influé sur des prises de décisions administratives majeures, sans que sa légitimité ne soit jamais remise en question par ses pairs. Cette infiltration prolongée au sommet de la hiérarchie locale soulève des interrogations légitimes sur la perméabilité des structures de contrôle et la facilité avec laquelle un civil a pu manipuler les codes d’une administration paramilitaire pendant vingt-huit ans.Lors de son arrestation et de son passage devant les enquêteurs, Yves Mbadinga Mounbandjo a persisté dans son déni, s’accrochant à sa qualité d’agent de l’État. Pour justifier ses déboires judiciaires, il a tenté une manœuvre de diversion en affirmant être la victime d’un complot visant à l’écarter après qu’il aurait découvert des malversations financières au sein du ministère, notamment liées à la gestion des fonds destinés au conflit homme-faune. Cette ligne de défense n’a cependant pas convaincu les autorités, alors que l’homme est désormais poursuivi pour usurpation de fonction, faux et usage de faux.Cette affaire, bien que spectaculaire par sa durée, s’inscrit dans une série de cas similaires impliquant de faux agents de force de défense et de sécurité, mettant en lumière une faille systémique dans la vérification des identités au sein de l’administration publique. Elle agit comme un électrochoc, rappelant l’urgence de moderniser les outils d’authentification des agents publics et de renforcer la vigilance lors des nominations et des prises de fonctions. La présence d’un « colonel » fictif au cœur de réunions officielles pendant un quart de siècle impose aujourd’hui une remise à plat des protocoles de sécurité pour préserver la crédibilité de l’institution.
En conclusion, la chute du « colonel » de Tchibanga marque la fin d’une des impostures les plus mémorables de l’histoire administrative du Gabon. Alors que le suspect attend son jugement en détention, cette affaire laisse derrière elle un sentiment de malaise au sein d’une corporation dont le prestige a été bafoué par la ruse d’un seul homme. Elle appelle à une réaction ferme des autorités pour que l’uniforme, symbole de l’autorité régalienne, ne puisse plus jamais servir de paravent à des aventuriers en quête de pouvoir et de privilèges indus.
Moore, Journaliste stagiaire


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