La stratégie est classique, presque cousue de fil blanc. Lorsqu’un dignitaire d’un régime déchu cherche à se refaire une virginité médiatique à l’étranger, il actionne invariablement les leviers de l’émotion : tortures, viols, traitements inhumains. C’est précisément ce scénario que Sylvia Bongo Ondimba tente d’écrire depuis les quartiers huppés de Londres. En se présentant comme une victime expiatoire de la transition, l’ancienne Première dame espère susciter l’indignation de l’opinion internationale.
Pourtant, le récit se heurte à un mur de réalité : l’absence totale de preuves matérielles.Durant sa détention, les images relayées par son propre entourage, notamment par son fils, n’ont jamais laissé apparaître la moindre trace de sévices. Dans une ère où chaque smartphone devient un témoin oculaire, comment croire à des tortures systématiques que personne n’a jugé bon de documenter alors que les appareils restaient à leur portée ? Pour les observateurs à Libreville, il ne s’agit pas d’une quête de vérité judiciaire, mais d’une pure offensive de communication destinée à ternir l’image du Chef de l’État et des autorités de durant la Transition. Le peuple, lui, n’a pas oublié les révélations sur les « cocas » de deux milliards et les primes exorbitantes qui ont émaillé ce processus.Au cœur du débat, une amnésie politique jugée « troublante » par l’opinion publique. Sylvia Bongo tente aujourd’hui de se dédouaner de l’exercice du pouvoir, alors que son influence centrale après l’AVC d’Ali Bongo était un secret de polichinelle. Les Gabonais se souviennent des tensions au sein même de la famille présidentielle, des sit-in des clans Ondimba et Dabany pour simplement accéder au chef de l’État, ou encore de l’ascension fulgurante de ses proches, comme Jessey Ella Ekogha, passés de sa fondation au sommet de la communication présidentielle. Derrière le célèbre « Papa a dit », chacun savait que les décisions se murmuraient souvent ailleurs.Enfin, la comparaison internationale achève de fragiliser sa posture de « prisonnière politique ».
Alors que des dirigeants comme Mohamed Bazoum au Niger croupissent toujours en détention avec leur famille, le clan Bongo a bénéficié d’une célérité judiciaire et d’une liberté provisoire quasi inédites pour un tel passif. Si l’ancienne Première dame souhaite réellement convaincre de sa bonne foi, le peuple gabonais l’attend sur un terrain bien plus concret : celui de la restitution des biens mal acquis et de la vérité sur la captation des richesses nationales. Le Gabon avance, les yeux ouverts, et ne semble pas prêt à laisser l’image l’emporter sur la mémoire.


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