D’ici au 1er janvier 2027, le Gabon entend bannir l’importation de poulet de chair sur son territoire. Un décret audacieux qui place le pays face à un défi titanesque : substituer plus de 80 000 tonnes de volaille importée par une production locale encore embryonnaire. Entre protectionnisme vertueux et risques de pénurie, l’exécutif joue son va-tout.Au bord de l’estuaire du Komo, les chiffres donnent le vertige. Chaque année, le Gabon engloutit environ 65 milliards de francs CFA (près de 100 millions d’euros) pour garnir les assiettes de ses citoyens en poulets surgelés venus d’Europe ou du Brésil. Un gouffre financier pour la balance commerciale et un aveu de faiblesse pour un pays qui importe plus de 80 % de ce qu’il consomme.
Face à cette dépendance, le Palais Rénovation a tranché : en 2027, le « made in Gabon » devra régner sans partage sur les étals.L’offensive des géants et des partenaires:​Pour transformer ce vÅ“u pieux en réalité industrielle, Libreville multiplie les protocoles d’accord. Fin 2025, un partenariat stratégique a été scellé avec le groupe algérien Graine International. Le projet est d’envergure : sept fermes intégrées, un couvoir et un abattoir industriel capables de produire à terme 72 000 tonnes de poulet par an.​Parallèlement, le gouvernement s’inspire du modèle marocain pour structurer une filière intégrée, tandis que des acteurs historiques comme le Groupe d’Intérêt Avicole (GIA) ou la Sogada tentent de monter en puissance.
L’objectif est clair : créer une masse critique capable d’absorber le choc de l’interdiction des importations.Le goulot d’étranglement de l’aliment:​Cependant, l’enthousiasme des annonces officielles se heurte à une réalité économique implacable : le coût de production. « Élever un poulet au Gabon coûte deux fois plus cher qu’au Brésil, principalement à cause du prix de l’aliment pour bétail », confie un éleveur de la périphérie de Libreville.​Le maïs et le soja, composants essentiels de la nutrition avicole, sont eux aussi importés. Pour briser ce cycle, l’État mise sur la substitution locale, notamment via la transformation du manioc en farine pour volaille. Un pari technique et logistique qui reste à valider à l’échelle industrielle. Sans une baisse drastique des coûts des intrants, le prix du kilo de poulet pourrait flamber, menaçant le pouvoir d’achat des ménages.
Au-delà de l’infrastructure, c’est toute une chaîne de valeur qui doit émerger en moins de deux ans. Le défi est triple :​Logistique : Assurer la chaîne du froid et le transport vers l’intérieur du pays.​Technique : Former 40 000 professionnels pour encadrer la production.​Financier : Garantir des lignes de crédit accessibles pour les PME avicoles locales.​Si le Gabon réussit, il deviendra un modèle de souveraineté alimentaire dans la zone CEMAC. S’il échoue, le risque est de voir le marché noir prospérer ou les assiettes se vider. À Libreville, on assure que « 2027, c’est demain », et que l’heure n’est plus aux doutes mais à l’action.


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