C’est une bévue administrative qui a viré au séisme politique au sommet de l’État sud-soudanais. Le président Salva Kiir a procédé, par un communiqué officiel, au limogeage de deux de ses plus proches collaborateurs : son attaché de presse, David Amour Major, et le directeur administratif du ministère des Affaires présidentielles, Valentino Dhel Maluet. Cette décision radicale intervient après la lecture, le 30 janvier dernier, d’un décret nommant Steward Soroba Budia au sein d’un comité stratégique chargé de préparer les élections générales de décembre.
Problème : l’intéressé, cadre de l’opposition (UDP), est décédé depuis maintenant cinq ans, une erreur de « casting » qui a instantanément embrasé les réseaux sociaux.Si la présidence n’a pas officiellement motivé ces révocations, le lien avec cette nomination posthume ne fait aucun doute pour les observateurs de la vie politique à Djouba. Dans un pays où le processus électoral est déjà jalonné d’incertitudes et de tensions, cette bévue jette une lumière crue sur les dysfonctionnements des services de renseignement et de la chancellerie présidentielle. Pour Salva Kiir, l’enjeu est double : il s’agit non seulement de sanctionner une faute professionnelle lourde qui tourne la présidence en dérision, mais aussi de restaurer une autorité malmenée par les moqueries d’une opinion publique de plus en plus critique.
Cette affaire illustre une fois de plus la déconnexion préoccupante entre l’appareil bureaucratique et la réalité du terrain au Soudan du Sud. En recyclant de vieilles listes de membres de l’opposition sans vérification préalable, les services présidentiels ont exposé le chef de l’État à un camouflet international. Alors que le pays s’apprête à vivre un scrutin historique, ce « bug » administratif renforce les doutes de la communauté internationale sur la capacité de l’administration actuelle à piloter une transition complexe. Pour Salva Kiir, le ménage à la présidence n’est peut-être qu’un premier pas pour tenter de crédibiliser un processus électoral déjà sous haute surveillance.


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