Symbole de l’histoire coloniale et joyau classé au patrimoine mondial de l’Unesco, Saint-Louis du Sénégal livre une bataille inégale contre l’Atlantique. Menacée par une érosion côtière galopante, l’ancienne capitale pourrait voir 70 % de son territoire englouti d’ici la fin du siècle, posant un défi titanesque au gouvernement de Bassirou Diomaye Faye.La « Langue de Barbarie », cette étroite bande de sable qui sépare le fleuve Sénégal de l’Océan, n’est plus qu’un rempart de papier face aux assauts répétés de la houle. Saint-Louis, jadis carrefour de l’élégance et de l’administration coloniale, subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique. Les projections sont alarmantes : d’ici 2100, la quasi-totalité de la ville basse pourrait disparaître sous les eaux.
Ce n’est plus seulement une question d’urbanisme, mais un pan entier de l’identité sénégalaise et du patrimoine mondial qui est en passe d’être rayé de la carte, transformant le charme de ses façades ocres en un vestige de plus en plus précaire.Pendant des décennies, les interventions humaines ont parfois aggravé le mal qu’elles tentaient de soigner. L’ouverture d’une brèche en 2003 pour prévenir les inondations fluviales s’est transformée en une embouchure béante, accélérant l’intrusion marine et la salinisation des terres. Aujourd’hui, les quartiers de pêcheurs de Guet Ndar sont en première ligne. Chaque grande marée grignote des maisons, des écoles et des cimetières, forçant des milliers d’habitants à devenir des « réfugiés climatiques » dans leur propre pays. Les digues de protection, financées à grands frais par la Banque mondiale et l’AFD, ne semblent être qu’un répit temporaire face à l’inexorable montée du niveau moyen de la mer.Pour Dakar, l’enjeu est aussi économique que social. Saint-Louis n’est pas qu’une ville-musée ; c’est un pôle de pêche vital et une destination touristique majeure.
La disparition programmée de ses infrastructures met en péril l’économie locale et accentue la pression migratoire vers l’intérieur des terres ou vers la capitale. Le coût des infrastructures de protection et du relogement des populations se chiffre en centaines de milliards de francs CFA. Malgré les promesses internationales d’aide à l’adaptation, les décaissements peinent à suivre la vitesse de l’érosion, laissant les autorités locales dans une gestion de l’urgence permanente plutôt que dans une planification de long terme.Face à l’inéluctable, la question du déplacement définitif de la population se pose avec une acuité croissante. Peut-on encore sauver Saint-Louis, ou faut-il apprendre à la quitter ? Si le gouvernement mise sur de nouveaux projets de protection côtière, la réalité scientifique impose une réflexion sur la résilience urbaine. L’avenir de Ndar — le nom wolof de la ville — dépendra de la capacité du Sénégal à mobiliser une solidarité climatique internationale concrète. Sans un investissement massif et immédiat, l’ancienne capitale risque de devenir le symbole tragique de l’impuissance des pays du Sud face à une dette écologique dont ils ne sont pas les auteurs.


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