Le vent de la transparence, promis lors de l’alternance de 2024, se heurte aujourd’hui à la réalité brutale des marchés financiers. Selon des révélations concordantes, confirmées par des documents consultés par le Financial Times, Dakar aurait contracté en 2025 un emprunt « secret » de 750 millions d’euros auprès d’un consortium de banques internationales, dont l’Africa Finance Corporation (AFC), la First Abu Dhabi Bank et la Société Générale. Cette manœuvre, destinée à éviter un défaut de paiement imminent, place le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye dans une position inconfortable : celle d’avoir potentiellement reproduit les pratiques d’opacité qu’il reprochait si vertement à son prédécesseur, Macky Sall.
L’ingénierie financière utilisée pour cette opération soulève l’inquiétude des partenaires multilatéraux. En ayant recours à des total return swaps, des produits dérivés complexes, l’État sénégalais a pu obtenir des liquidités rapides en gageant des obligations souveraines nationales. Si techniquement ces instruments ne sont pas toujours comptabilisés comme des prêts classiques, ils créent de facto une hiérarchie de créanciers où les banques privées pourraient être prioritaires en cas de restructuration. Cette « créativité » financière, souvent l’apanage des pays aux abois, fragilise la crédibilité de la signature sénégalaise au moment même où le pays tente de renégocier un plan de sauvetage de 1,5 milliard d’euros avec le FMI.Le timing de cette découverte est particulièrement dévastateur pour l’exécutif. Alors qu’un audit avait déjà révélé en 2025 l’existence de 7 milliards de dollars d’emprunts dissimulés sous l’ancienne administration — propulsant la dette à plus de 130 % du PIB —, ces nouvelles révélations suggèrent que l’hémorragie n’a pas été totalement stoppée. Le silence du ministère des Finances et de son conseil, Global Sovereign Advisory, alimente les spéculations sur l’ampleur réelle du gouffre budgétaire.
Pour l’institution de Washington, qui affirme ne pas avoir été informée des détails de ces swaps, la confiance semble une nouvelle fois rompue, gelant potentiellement les décaissements vitaux pour une économie sénégalaise déjà atone.Au-delà des chiffres, c’est une crise de gouvernance qui se dessine à Dakar. En choisissant la voie de la discrétion pour combler ses besoins de trésorerie, le pouvoir s’expose à des complications majeures lors des futurs rééchelonnements de dette. Les détenteurs d’obligations internationales, s’estimant lésés par ce manque de communication, pourraient durcir leurs positions. Le tandem Faye-Sonko, qui avait fait de la reddition de comptes son cheval de bataille, se retrouve désormais face à un dilemme cornélien : assumer une cure d’austérité radicale ou continuer à naviguer dans les zones grises de la finance globale, au risque de voir le Sénégal durablement classé parmi les pays à haut risque de défaut.


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