À Dakar, le paysage politique sénégalais vient de connaître un séisme dont les ondes de choc se font sentir jusqu’aux dorures du palais de l’Avenue Roume. En officialisant l’autonomie de la coalition « Diomaye Président » lors d’une assemblée générale fondatrice ce samedi 7 mars, le chef de l’État a posé un acte de souveraineté politique majeur. Ce rassemblement de 500 cadres et de 300 élus locaux marque la fin d’une ère de cohabitation feutrée et le début d’une affirmation de l’autorité présidentielle.
Pour les observateurs de la vie publique sénégalaise, cette manœuvre vise à doter le président d’un appareil politique propre, capable de porter sa vision et de préparer les échéances de 2027 et 2029, loin de la tutelle idéologique du Pastef.Ce divorce qui ne dit pas encore son nom cristallise des mois de frictions au sommet de l’exécutif, exacerbées par le limogeage d’Aïssatou Mbodj au profit d’Aminata Touré. Le bras de fer avec le Premier ministre Ousmane Sonko, dont l’absence remarquée aux derniers rendez-vous institutionnels trahit une rupture consommée, place désormais le Sénégal dans une configuration inédite de dualité au sommet. En martelant sa volonté de ne « jamais trahir » sa nouvelle base, Bassirou Diomaye Faye s’extrait de la posture du « candidat de substitution » pour endosser celle d’un chef d’État en pleine conquête de son propre destin politique, s’appuyant sur une coalition de gestion dévouée à son seul magistère.L’enjeu de cette clarification est aussi, et surtout, économique. Alors que les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) s’enlisent après les révélations fracassantes sur la dette publique héritée, Dakar a désespérément besoin de stabilité pour rassurer les marchés.
Le président Faye semble avoir compris que la crédibilité de sa signature internationale dépend de sa capacité à incarner une autorité unique et cohérente. Dans ce contexte de tension financière, le recentrage de la coalition présidentielle apparaît comme une stratégie de survie autant que de puissance, visant à isoler les velléités contestataires internes pour se concentrer sur l’urgence des réformes et le retour de la confiance des bailleurs de fonds.


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