Le vent de l’assainissement souffle avec force sur la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG). À la suite d’une enquête minutieuse de plusieurs semaines, un vaste réseau de détournement de carburant vient d’être démantelé dans les provinces du Woleu-Ntem et de l’Ogooué-Ivindo. Cette offensive judiciaire fait suite à une plainte déposée il y a plus de deux mois par la direction provinciale de la zone, alertée par des irrégularités persistantes dans la gestion du combustible destiné au fonctionnement des installations vitales.
Saisis du dossier, les services du B2 ont mis au jour un système de prédation interne qui s’attaquait directement aux ressources stratégiques de l’entreprise.La journée du 27 mars 2026 a marqué un tournant décisif avec une série de déferrements devant les tribunaux de première instance d’Oyem et de Makokou. Au total, ce sont vingt et une personnes, toutes employées par la SEEG à divers postes — agents de sécurité, chauffeurs, électriciens — qui ont dû répondre de leurs actes. À Oyem, sur douze prévenus, huit ont été placés sous mandat de dépôt, tandis qu’à Makokou, deux suspects ont rejoint les geôles, les autres ayant bénéficié de relaxations assorties d’amendes. Ces arrestations massives illustrent la détermination des autorités à ne plus laisser l’impunité gangréner les sociétés d’État.Les premières conclusions des enquêteurs révèlent un réseau particulièrement bien structuré, dont les ramifications s’étendraient bien au-delà des frontières septentrionales. L’ingéniosité du mode opératoire et la diversité des profils impliqués témoignent d’une organisation quasi industrielle du vol de carburant, mettant en péril la continuité du service public de l’énergie. Pour la SEEG, dont l’équilibre financier est déjà fragile, ces pertes sèches représentaient un frein majeur à la modernisation des infrastructures et à la satisfaction des usagers, victimes collatérales de ces pratiques rétrogrades.
L’opération « mains propres » ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Forts des éléments recueillis lors des derniers interrogatoires, les enquêteurs ont désormais les yeux rivés vers d’autres provinces, notamment la Ngounié et la Nyanga, où des soupçons de malversations similaires pèsent sur les unités locales. Cette traque nationale vise à briser définitivement les habitudes de corruption qui freinent l’essor des services publics. Alors que de nouveaux déferrements sont attendus dans les prochains jours, le message envoyé est clair : la République ne tolérera plus que les ressources destinées au bien-être des populations soient détournées au profit d’intérêts privés.
Yolande ABORE


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