L’équation semble insoluble : malgré une injection massive de 500 milliards de FCFA entre 2024 et 2025, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) reste enlisée dans une crise opérationnelle sans précédent. Sur le plateau de Gabon24, l’Administrateur Directeur Général, Steeve Saurel Legnongo, a tenté de justifier cette enveloppe colossale, mais le contraste entre les montants annoncés et la réalité des délestages quotidiens alimente un scepticisme croissant au sein de l’opinion publique. Pour les usagers, la question n’est plus de savoir combien a été dépensé, mais pourquoi l’impact sur la desserte reste invisible.L’utilisation de cette manne financière demeure, à ce jour, entourée d’un flou persistant.
Si des sources internes évoquent l’acquisition de nouveaux groupes électrogènes, la maintenance du réseau et le règlement de dettes fournisseurs, ces dépenses ressemblent davantage à des « pansements » sur une jambe de bois qu’à une réforme structurelle. Le diagnostic posé dès 2019 par Électricité de France (EDF) était pourtant clair : il fallait 475 milliards de FCFA uniquement pour renouveler des équipements devenus obsolètes. En injectant 500 milliards en deux ans, la SEEG semble avoir à peine rattrapé son retard de maintenance, sans pour autant accroître sa capacité de production.Cette situation interroge la cohérence du grand plan d’investissement de 2 000 milliards de FCFA sur sept ans, annoncé par le ministre Philippe Tonangoye. Avec un rythme théorique de 300 milliards par an, les 500 milliards déjà consommés s’inscrivent-ils dans cette stratégie de transformation durable ou ont-ils été engloutis par l’urgence du quotidien ? La vétusté du système de transport et de distribution est telle que chaque investissement semble être absorbé par un réseau « passoire », où les pertes techniques annihilent les gains de production.
Pour le Gabon, le dossier SEEG est devenu un test de crédibilité. La « restauration » de l’outil de production ne pourra faire l’économie d’un audit de performance rigoureux sur l’utilisation des fonds passés. Sans une transparence totale sur la destination de chaque franc investi et une accélération des réformes structurelles, le pays risque de voir ses ambitions industrielles freinées par une instabilité énergétique chronique. Le défi n’est plus seulement financier, il est désormais celui de la compétence et de la rigueur dans l’exécution.
Moore, Journaliste stagiaire


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