À Libreville, le nom du Dr Xavier Emmanuelli n’est plus seulement associé à une éminence de l’humanitaire mondial, mais à un bastion de résistance contre l’exclusion au cœur de la zone des PKs. Soixante-dix jours seulement après son ouverture, l’antenne qui porte son nom est en passe d’effacer tous les records d’affluence et de prises en charge à domicile. Dans ce périmètre où la densité urbaine rime souvent avec précarité, le SAMU Social Gabonais a réussi son pari : déloger la maladie et l’indigence là où elles se pensaient intouchables. Avant même la fin de sa phase expérimentale de cent jours, cette structure démontre que la santé de proximité n’est pas un luxe, mais une urgence vitale pour des milliers de foyers.
Le succès de cette implantation repose sur une philosophie de l’action qui rompt avec les lourdeurs hospitalières traditionnelles. En opérant 24h/24, les équipes de soignants et d’associatifs pallient une exclusion sanitaire chronique dans un secteur où 60 % des appels de détresse de la capitale sont historiquement enregistrés. Ce déploiement « hors les murs », marqué par une explosion des interventions à domicile, prouve que la médecine gratuite et mobile est la réponse la plus adaptée à une pauvreté qui s’enracine. Malgré des moyens que les acteurs de terrain qualifient eux-mêmes d’« anormalement limités », l’abnégation des humanitaires sur place force le respect et transforme chaque intervention en un acte de dignité restaurée.Pourtant, cette performance record soulève une question de fond sur la pérennité du modèle. Si le dévouement des équipes médicales permet de « déloger » la souffrance au quotidien, le SAMU Social ne peut porter seul le fardeau d’un système de santé à deux vitesses. L’affluence constatée aux PKs révèle l’ampleur d’un vide que les politiques publiques classiques peinent à combler.
Pour les observateurs, ce succès est autant un motif de célébration qu’une alerte : il souligne l’urgence d’une montée en puissance des budgets alloués à l’aide sociale d’urgence, afin que l’exceptionnel ne repose pas uniquement sur le sacrifice permanent des personnels de santé.L’expérience des PKs préfigure ce que pourrait être une couverture sanitaire universelle véritablement inclusive au Gabon. En s’installant au plus près de « ceux qui souffrent », le SAMU Social a brisé le plafond de verre de l’indifférence institutionnelle. La phase expérimentale qui s’achève bientôt ne doit pas être une parenthèse, mais le socle d’un maillage national renforcé. Au-delà des chiffres et des records de prise en charge, c’est une nouvelle éthique de la solidarité qui s’écrit dans ces quartiers populaires, rappelant que la grandeur d’une nation se mesure à sa capacité à ne laisser aucun de ses enfants sur le bord de la route.


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