Des nouveaux rubans d’asphalte de la Sablière aux courbes stratégiques de la voie de contournement, le paysage urbain de Libreville se transforme, mais le soulagement des automobilistes est de courte durée. Si l’extension du réseau routier était censée fluidifier le trafic, elle semble avoir ouvert une voie royale à une « faucheuse » d’un nouveau genre : l’incivisme routier. Sur ces axes modernisés, la vitesse excessive et le mépris des règles élémentaires de conduite transforment quotidiennement des trajets de routine en scénarios catastrophes.
Pour les autorités gabonaises, le défi est désormais double : après la bataille du bitume vient celle, bien plus complexe, du changement des mentalités dans un pays où le code de la route semble trop souvent considéré comme une simple suggestion.L’analyse des récents accidents met en lumière une réalité brutale : la qualité des infrastructures ne suffit pas à garantir la sécurité sans une discipline de fer. Les chauffeurs de « clandos », pressés par la rentabilité, et les particuliers au volant de rutilants 4×4 se livrent à une cohabitation périlleuse, multipliant les dépassements hasardeux et les refus de priorité. Cette anarchie motorisée, loin d’être une fatalité, révèle surtout les limites d’une chaîne de contrôle encore trop lâche. Entre la vétusté d’un parc automobile mal entretenu et l’absence de sanctions systématiques pour les chauffeurs récidivistes, les nouvelles voies de communication se muent paradoxalement en pièges mortels pour les usagers les plus vulnérables.Face à cette hécatombe silencieuse, le ministère des Transports et les forces de sécurité sont attendus au tournant.
Si le « dialogue permanent » prôné par la Présidence s’applique aux partenaires sociaux, il semble qu’en matière de sécurité routière, l’heure soit plutôt à la fermeté régalienne. L’installation de radars, la multiplication des contrôles d’alcoolémie et, surtout, la fin de l’impunité pour les comportements dangereux apparaissent comme les seuls leviers capables de freiner l’ardeur des chauffeurs inciviques. À Libreville, l’enjeu est de taille : éviter que les milliards de FCFA investis dans la modernisation des routes ne servent qu’à faciliter la course folle d’un incivisme qui ne dit pas son nom.


Commentaires