Entre Kigali et Londres, le ton se durcit et la diplomatie cède désormais la place au contentieux judiciaire. Le Rwanda a officiellement engagé des poursuites contre le Royaume-Uni suite à la suspension des paiements liés à l’accord migratoire controversé de 2022. Après l’échec des négociations de couloir, le gouvernement rwandais a choisi de saisir un tribunal arbitral pour réclamer le solde d’un contrat que Keir Starmer, nouveau locataire du 10 Downing Street, a enterré dès son arrivée au pouvoir. Pour Kigali, ce recours n’est plus une option mais une nécessité contractuelle face à un partenaire qui semble vouloir s’affranchir unilatéralement de ses engagements financiers.
L’enjeu financier de ce « projet mort et enterré » est colossal : sur les 290 millions de livres sterling initialement prévus, Londres a déjà versé 240 millions mais bloque désormais les 50 millions restants. Côté britannique, on invoque la protection du contribuable et le respect des décisions de justice, rappelant que la Cour suprême avait jugé le dispositif contraire au droit international en 2023. Mais pour le Rwanda, l’argumentaire juridique britannique peine à masquer un revirement politique qui fragilise la signature de Londres à l’international. En portant l’affaire devant une instance arbitrale, Paul Kagame envoie un message clair : le Rwanda n’entend pas assumer seul les frais de résiliation d’un partenariat qu’il a scrupuleusement préparé.Ce conflit financier s’inscrit dans un contexte de dégradation manifeste des relations bilatérales entre les deux pays. Parallèlement au dossier migratoire, Londres a récemment réduit son aide au Rwanda, justifiant cette décision par l’instabilité sécuritaire persistante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Cette double pression, à la fois financière et diplomatique, place Kigali dans une posture de résistance. Pour les autorités rwandaises, le contentieux autour de l’accord de 2022 devient ainsi le symbole d’un partenariat qui s’étiole sous le poids des enjeux de politique intérieure britannique et des critiques internationales sur le rôle régional du Rwanda.L’issue de cet arbitrage sera scrutée de près par les autres capitales africaines engagées dans des partenariats similaires. Si Kigali obtient gain de cause, cela confirmerait que les accords de gestion migratoire, aussi contestés soient-ils, demeurent des contrats commerciaux contraignants. À l’inverse, une victoire britannique offrirait une porte de sortie juridique aux États souhaitant se désengager de traités jugés éthiquement ou juridiquement intenables. En attendant le verdict, ce bras de fer entre une puissance européenne et son partenaire est-africain illustre la fin d’une lune de miel qui aura duré près de quatre ans, laissant place à une bataille de chiffres et de principes.


Commentaires