C’est la fin d’une époque pour le paysage côtier de la capitale gabonaise. Depuis quelques jours, l’effervescence habituelle du Port môle de Libreville a laissé place à un ballet de déménagements forcés. Opérateurs économiques, restaurateurs et agences de voyage plient bagages, sommés de libérer l’emprise de ce site emblématique. Cette évacuation massive marque le coup d’envoi d’un chantier d’envergure : la construction d’une nouvelle gare maritime ultra-moderne.
Pour les autorités portuaires, l’objectif est clair : transformer ce point de transit historique en une infrastructure de standing international, capable de fluidifier le trafic de passagers vers Port-Gentil et l’intérieur du pays.Le projet ne se limite pas à une simple rénovation, mais vise une restructuration complète de la façade maritime de Libreville. L’actuelle saturation des installations, héritées d’une autre ère, freinait jusqu’ici l’ambition de faire du Port môle un véritable hub logistique et touristique. La future gare maritime devrait intégrer des terminaux passagers aux normes de sécurité renforcées, des zones commerciales structurées et une gestion numérisée des flux. Pour les opérateurs économiques expulsés, si le déchirement est réel, cette mue est présentée par l’exécutif comme un mal nécessaire pour accroître l’attractivité économique du pays et améliorer l’expérience des voyageurs.Toutefois, ce départ précipité soulève des questions cruciales sur le recasement des commerces et services qui faisaient battre le cœur du Port môle. Entre incertitudes sur les nouveaux sites d’accueil et craintes d’une baisse de chiffre d’affaires, les acteurs privés oscillent entre résignation et espoir de réintégration future.
La réussite de ce projet dépendra de la capacité de l’État à mener les travaux dans les délais impartis, tout en gérant le volet social de ces déguerpissements. Pour Libreville, ce chantier est un pari sur la modernité, visant à redonner ses lettres de noblesse à une porte d’entrée maritime trop longtemps délaissée.Cette transformation s’inscrit dans une politique globale de modernisation des infrastructures nationales. En libérant l’espace pour une architecture contemporaine et fonctionnelle, le Gabon entend envoyer un signal fort aux investisseurs : celui d’un pays qui réhabilite ses actifs stratégiques pour répondre aux défis du XXIe siècle. Alors que les premières pelleteuses s’apprêtent à entrer en scène, le Port môle s’apprête à vivre une métamorphose profonde qui redéfinira, à terme, les échanges entre la capitale et ses provinces maritimes.


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