L’urgence climatique vient de frapper à la porte du Palais du Bord de Mer. Alors que la grande saison des pluies n’a pas encore atteint son apogée, les quartiers de Bellevue 2 et de Nzeng-Ayong se sont retrouvés sous les eaux, illustrant la vulnérabilité persistante de la capitale gabonaise face aux intempéries. Réagissant promptement aux instructions du chef de l’État, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a convoqué ce mercredi 28 janvier 2026 une cellule de crise interministérielle. Pour l’exécutif, l’enjeu dépasse la simple gestion des sinistres : il s’agit d’un test grandeur nature pour sa stratégie de planification urbaine et de résilience face à une pluviométrie de plus en plus agressive.

Le bilan humain et matériel, bien que provisoire, témoigne de la violence des inondations. Dans le sixième arrondissement (Nzeng-Ayong), les premiers rapports techniques confirment l’évacuation d’une cinquantaine de résidents, tandis que des inspections prioritaires sont menées dans les zones critiques du PK8, de la Batterie 4, d’Awendjé et de Plein-Ciel. Ces quartiers, souvent bâtis au mépris des zones non-aedificandi, paient le prix fort d’une urbanisation qui a longtemps ignoré le tracé naturel des eaux. Pour les populations, ces inondations répétitives ne sont plus une fatalité météorologique, mais le signe d’une saturation des infrastructures de drainage.L’analyse des causes pointe un mal profond et récurrent : l’incivisme environnemental et l’obsolescence des réseaux. L’obstruction des bassins versants et des lits de rivières par les déchets plastiques et ménagers a été identifiée comme le principal facteur aggravant de la catastrophe. En bloquant l’écoulement naturel des eaux, ces tonnes d’immondices transforment les quartiers bas en véritables cuvettes de rétention.

Le gouvernement, conscient que les solutions de fortune ne suffiront plus, envisage désormais des mesures préventives drastiques, allant du curage intensif des canaux à une répression accrue contre le dépôt sauvage d’ordures.Au-delà de l’urgence, c’est la refonte du schéma directeur de Libreville qui est en jeu. Hermann Immongault entend faire de cette réunion de crise le point de départ d’une « vision plus large » pour la capitale, intégrant une gestion pérenne des flux hydriques. Pour le régime, réussir la lutte contre les inondations est un impératif de stabilité sociale : chaque foyer inondé est une brèche dans la promesse de modernisation du cadre de vie. Dans cette course contre la montre avant le pic de la saison pluvieuse, la diligence des travaux de curage et la réhabilitation des bassins versants seront les seuls véritables baromètres de l’efficacité gouvernementale.


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