Au lendemain d’une débâcle sportive, le Gabon semble fidèle à une vieille tradition continentale : celle de la curée médiatique et de la décapitation rituelle. Si l’échec des Panthères lors de cette Coupe d’Afrique des Nations (CAN) s’apparente, pour beaucoup, à une faute professionnelle, l’analyse des causes, elle, sombre dans un populisme inquiétant. Entre règlements de comptes et « assassinats ciblés », le football gabonais s’offre un spectacle de désolation dont il aurait pu se passer.
La tentation du lynchage:
Depuis l’élimination, une armée de « nouveaux inspecteurs Colombo » s’est dressée pour obtenir la tête de Thierry Mouyouma. On voit circuler, avec une célérité suspecte, des documents sur ses accointances réelles ou supposées avec des entreprises gravitant autour du cuir national. Plus frappant encore est le zèle d’une certaine presse internationale, prompte à dénoncer chez un technicien local ce qu’elle feint d’ignorer chez les grands noms du football mondial.Faut-il rappeler que les jeux de commissions et de rétrocommissions ne sont pas l’apanage des côtes africaines ? Réduire l’échec du Gabon aux supposés « business » de Mouyouma n’est pas seulement un raccourci ; c’est un diagnostic qui pue le règlement de comptes. Qu’un entraîneur soit limogé après de tels résultats est la norme du milieu. Mais qu’on tente de le diaboliser pour masquer des failles structurelles est une manœuvre de diversion grossière.
Sortir de l’illusion des « États Généraux »:
Le véritable mal est ailleurs. L’Afrique doit cesser d’espérer que des « résidus de talents », formés par les centres européens et délaissés par leurs sélections nationales, deviennent par miracle des lumières constantes. Le salut passera par :La formation à la base : Construire des structures pérennes plutôt que de naviguer à vue.La fin de l’instrumentalisation politique : Arrêter d’organiser des commissions d’enquête et des « États Généraux » dont le seul but est de dédouaner les décideurs.La mesure administrative : Le nouveau ministre des Sports, l’ancien capitaine Paul Kessany, est attendu au tournant. Saura-t-il imposer son tempérament mesuré dans cet océan d’agitation ?Le public, avides commentaires des footix, applaudit souvent l’art des faux diagnostics. Mais tant que le football gabonais préférera le spectacle de la guillotine au travail de fond, les mêmes causes produiront, sous d’autres latitudes, les mêmes effets.


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