Le mercredi 25 mars restera gravé comme une date charnière dans les annales de la diplomatie onusienne. Sous l’impulsion vigoureuse du Ghana, l’Assemblée générale de l’ONU a officiellement proclamé la traite des esclaves africains comme le « crime le plus grave contre l’humanité ». Ce texte, bien que non contraignant, marque une victoire symbolique majeure pour le bloc africain. En plaçant ce dossier au sommet de la hiérarchie des horreurs de l’histoire, Accra et ses alliés de l’Union africaine ne cherchent pas seulement la reconnaissance d’un traumatisme vieux de quatre siècles, mais tentent de forcer les verrous juridiques qui bloquent encore la voie vers des réparations concrètes.
Pour le président ghanéen John Mahama, qui a fait le déplacement à New York, cette résolution est l’aboutissement d’un long combat pour la « justice réparatrice ». En se faisant le porte-voix des 13 millions d’âmes déportées durant la traite transatlantique, le leader ghanéen a su transformer une commémoration solennelle en une tribune politique offensive. « Nous proclamons la vérité pour poursuivre le chemin vers la guérison », a-t-il martelé, conscient que cette sémantique du « crime le plus grave » est un levier puissant pour exiger des excuses officielles de la part des anciennes puissances coloniales et esclavagistes.Toutefois, ce consensus est loin d’être total et révèle les fractures persistantes de la géopolitique mondiale. Avec 123 voix pour, le texte a été adopté malgré l’opposition frontale des États-Unis, d’Israël et de l’Argentine, et l’abstention notable d’une cinquantaine de pays, dont les membres de l’Union européenne et le Royaume-Uni. Le point d’achoppement est subtil mais crucial : en instaurant une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité, la résolution bouscule une doctrine juridique occidentale bien ancrée. Pour Washington et Londres, admettre cette prééminence criminelle reviendrait à ouvrir une boîte de Pandore judiciaire et financière qu’ils tentent de maintenir fermée depuis des décennies.
L’enjeu véritable se déplace désormais sur le terrain des « actes », comme l’a souligné le secrétaire général Antonio Guterres. Si les pays occidentaux arguent que les nations modernes ne peuvent être tenues responsables des dettes du passé, le front africain, lui, voit dans cette résolution une base morale pour exiger des investissements structurels et des compensations historiques. En faisant de l’esclavage racialisé l’injustice « la plus persistante » de l’histoire, l’ONU vient de donner au continent africain une arme diplomatique inédite. Reste à savoir si cette victoire morale saura se transformer en un véritable plan Marshall pour la réparation.


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