À quelques mois du XXe Sommet de la Francophonie au Cambodge, la course au secrétariat général de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) s’anime d’un souffle inattendu venu des rives de l’Estuaire. Alors que la Rwandaise Louise Mushikiwabo semble en route pour briguer sa propre succession, le Gabonais Roll Stéphane Ngomat vient de jeter un pavé dans la mare diplomatique de l’avenue Bosquet. Diplomate de carrière au profil hybride, entre Union africaine et mécanismes de médiation citoyenne, Ngomat ne propose pas une simple candidature de prestige, mais un véritable projet de « rupture logicielle » pour une institution souvent jugée trop feutrée face aux urgences du siècle.
Le projet Ngomat repose sur une conviction forte : l’avenir de la Francophonie est africain, ou il ne sera pas. S’appuyant sur son expérience au sein des cadres multilatéraux africains, le candidat gabonais propose de transformer l’OIF en un moteur économique concret. Son programme, qu’il veut pragmatique, cible la création d’un « Erasmus francophone » et le soutien massif aux PME numériques du Sud. Pour lui, la langue française ne doit plus seulement être un trait d’union culturel, mais un levier de croissance et de mobilité pour une jeunesse africaine qui représente le premier réservoir démographique de l’espace francophone.Sur le terrain diplomatique, Ngomat prône une « gouvernance rénovée ». Face aux crises qui secouent l’espace francophone, de l’Afrique de l’Ouest aux Grands Lacs, il appelle à une médiation politique renforcée et à une transparence accrue dans les processus de décision. Sa vision d’une Francophonie « actrice géopolitique majeure » résonne comme un appel à sortir l’organisation de sa zone de confort pour l’engager sur les grands défis globaux : climat, cybersécurité et innovation technologique. C’est le pari du renouveau générationnel contre l’inertie institutionnelle.Cependant, le chemin vers Phnom Penh est pavé de défis de taille. Pour transformer cette ambition individuelle en une candidature nationale crédible, Roll Stéphane Ngomat lance un appel solennel aux plus hautes autorités de Libreville.
Dans la nouvelle dynamique de la Cinquième République gabonaise, le soutien du président Brice Clotaire Oligui Nguema est le sésame indispensable. Sans le portage officiel de l’État gabonais et la mobilisation du réseau diplomatique national pour bâtir des alliances au sein des États membres, l’aventure pourrait s’arrêter aux portes du Palais de la Rénovation.L’élection de novembre 2026 s’annonce donc comme un test de crédibilité pour la diplomatie gabonaise. En portant un candidat capable d’incarner une vision réformatrice, le Gabon a l’opportunité de repositionner son influence au sein d’une organisation dirigée successivement par des figures historiques comme Boutros-Ghali ou Abdou Diouf. Si Louise Mushikiwabo part favorite, l’émergence d’une voix comme celle de Roll Stéphane Ngomat rappelle que la Francophonie est en quête de sens. À Libreville de décider si elle veut porter ce « souffle nouveau » jusqu’au sommet du Cambodge.


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