Plus de sept décennies après les faits, le passé colonial britannique rattrape Londres au cœur de l’État d’Enugu, dans le sud-est du Nigeria. Un tribunal local a rendu un jugement historique, condamnant le Royaume-Uni à verser 420 millions de livres sterling aux familles de mineurs de charbon abattus en 1949. Ce verdict ravive la mémoire d’une tragédie longtemps occultée : le 18 novembre 1949, la police coloniale ouvrait le feu sur des travailleurs grévistes de la vallée d’Iva qui réclamaient leurs arriérés de salaires. Avec 21 morts et 51 blessés, cet événement était devenu un catalyseur de la lutte pour l’indépendance nigériane, mais n’avait jamais, jusqu’à présent, fait l’objet d’une réparation judiciaire de cette ampleur.
La décision, portée par la pugnacité du militant des droits humains Mazi Greg Onog, crée un précédent juridique majeur sur le continent. En ordonnant le paiement de 20 millions de livres sterling à chacune des 21 familles des victimes, la justice nigériane affirme que Londres demeure comptable des actes de son administration coloniale, au-delà des successions de régimes et du temps qui passe. En refusant de comparaître devant la juridiction d’Enugu, les autorités britanniques ont adopté une ligne de défense classique de souveraineté, mais elles se retrouvent désormais face à une condamnation qui fragilise leur posture morale sur le dossier des réparations en Afrique.L’exécution de ce jugement se déplace désormais du prétoire vers les chancelleries. Abuja et Londres vont devoir engager des négociations diplomatiques serrées, car si le tribunal a tranché, la force exécutoire d’une telle décision sur un État tiers reste complexe. Les avocats des familles entendent désormais presser le gouvernement nigérian d’utiliser ce levier judiciaire pour obtenir un accord similaire à celui de 2013, lorsque le Royaume-Uni avait fini par indemniser les victimes kényanes de la révolte des Mau Mau.
Pour le Nigeria, ce dossier est un test de sa capacité à transformer un succès juridique local en une victoire diplomatique internationale.En définitive, ce verdict d’Enugu résonne comme un avertissement pour les anciennes puissances coloniales dont les archives regorgent encore d’épisodes de répression sanglante. En sortant le massacre de la vallée d’Iva de l’oubli mémoriel, la justice nigériane participe au mouvement global de demande de comptes pour les crimes du passé. Au-delà de la somme astronomique en jeu, c’est la reconnaissance officielle d’une injustice historique qui est ici célébrée. Si Londres persiste dans son refus, ce jugement pourrait n’être que le premier d’une longue série de recours lancés par des sociétés civiles africaines de plus en plus déterminées à obtenir réparation devant leurs propres tribunaux.


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