Le bras de fer entre Niamey et Paris franchit un nouveau palier, cette fois sur le terrain du droit. Les autorités nigériennes ont annoncé la création d’un comité d’experts de haut niveau, avec une mission claire : préparer l’artillerie juridique nécessaire pour affronter l’opérateur nucléaire français Orano. Cette décision intervient dans un climat de tension extrême autour de l’exploitation de l’uranium, ressource vitale dont le Niger entend désormais reprendre le contrôle total.Selon le ministre de la Justice, Alio Daouda, cette initiative est une riposte directe aux procédures déjà lancées par le groupe français.
Après la nationalisation de l’exploitation minière décidée par Niamey, Orano a engagé des recours que le Niger ne compte pas laisser sans réponse. Le gouvernement nigérien prévoit ainsi de saisir les juridictions nationales et internationales pour réclamer réparation, évoquant des « préjudices subis » durant des décennies de présence française dans le désert de l’Aïr.Le mandat du comité d’experts ne se limite pas à la simple défense commerciale. Il est chargé de passer au crible les activités de l’ex-Areva pour documenter d’éventuelles infractions environnementales, sanitaires et fiscales. En pointant du doigt les conséquences de l’extraction de l’uranium sur les populations locales et l’écosystème, Niamey construit un dossier à charge visant à transformer un contentieux contractuel en un procès sur la responsabilité sociale et écologique de la multinationale.
Du côté d’Orano, détenue majoritairement par l’État français, le silence prévaut pour l’instant. L’entreprise est engagée dans une impasse profonde avec son partenaire historique depuis la rupture des accords bilatéraux consécutive au changement de régime en juillet 2023. Pour l’opérateur français, l’enjeu est industriel et stratégique, tandis que pour le Niger, cette bataille judiciaire est le symbole d’une souveraineté retrouvée sur les richesses du sous-sol.


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