L’annonce de la reprise des championnats de D1 et D2 pour la saison 2025-2026 sonne comme une promesse, mais elle charrie avec elle l’ombre des échecs passés. Pour Paul-Ulrich Kessany et la Linafp, l’enjeu n’est pas seulement de faire rouler le ballon, mais de rompre définitivement avec un cycle structurel délétère. Le football national ne peut plus se permettre de retomber dans l’ornière des impayés chroniques, qui ont trop souvent transformé les vestiaires en foyers de contestation. La menace d’une nouvelle grève des footballeurs, lassés de jouer les variables d’ajustement budgétaire, plane comme une épée de Damoclès sur cette reprise.
Pour Libreville, la crédibilité de cette nouvelle ère se jouera sur la capacité de l’État et des clubs à sanctuariser les salaires et à respecter les engagements contractuels.Au-delà de l’urgence financière, c’est le miroir aux alouettes d’un « professionnalisme de façade » que les autorités doivent briser. Pendant trop longtemps, le championnat gabonais a souffert de standards largement en deçà des exigences de la CAF et de la FIFA, tant sur le plan des infrastructures que de l’organisation administrative des clubs. L’arrimage aux réformes annoncé par la tutelle doit impérativement se traduire par un cahier des charges rigoureux : des pelouses dignes de ce nom, un suivi médical normé et une transparence totale dans la gestion des subventions. Sans cette mue profonde, le football gabonais restera confiné dans un amateurisme déguisé, incapable d’exporter ses talents ou de briller durablement sur la scène continentale.Le virage qui s’amorce cet hiver est donc celui de la dernière chance pour la stabilité du sport roi au Gabon.
Le gouvernement, en se portant garant du calendrier, s’engage dans une course contre la montre pour restaurer la confiance des investisseurs et des supporters. La réussite de la saison 2025-2026 dépendra de la discipline collective : les clubs doivent cesser d’être des structures de patronage pour devenir de véritables entreprises sportives. En tournant le dos aux errements de la dernière décennie, le Gabon a l’opportunité de bâtir un modèle résilient, où le spectacle sur le terrain ne sera plus éclipsé par les crises en coulisses. Le « Vivre-ensemble » cher aux autorités doit aussi trouver sa place sur la pelouse, par le respect mutuel des contrats et de l’éthique sportive.


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