À Mbigou, dans le département de la Boumi-Louétsi, l’enthousiasme suscité par les promesses de modernisation des infrastructures de sécurité cède place à une sourde exaspération. Le projet de construction de la nouvelle compagnie de gendarmerie, censé incarner le renouveau de l’autorité de l’État dans l’arrière-pays, semble s’être volatilisé. Sur le site prévu pour accueillir la caserne, aucun engin de chantier n’est visible, laissant les populations locales face à un terrain en friche où seuls les panneaux de signalisation rappellent l’existence théorique du projet. Ce statu quo alimente les frustrations dans une région qui attend désespérément un renforcement de sa couverture sécuritaire.
Cette paralysie du chantier soulève des interrogations légitimes sur la destination des enveloppes budgétaires allouées. Des voix s’élèvent au sein de la société civile locale pour dénoncer une « gestion opaque » des fonds destinés au développement de la province de la Ngounié. Alors que le pays a adopté une Loi de Finances 2026 ambitieuse, le contraste entre les annonces de Libreville et la réalité du terrain à Mbigou nourrit les soupçons de blocages administratifs, voire de détournements. « Où est passé l’argent ? » n’est plus seulement une question de riverains, mais un appel pressant à la reddition de comptes adressé au gouvernement.
Au-delà de l’enjeu sécuritaire, le retard de la caserne de Mbigou devient un symbole des défis auxquels se heurte l’exécution des grands chantiers en dehors de la capitale. Si d’autres localités ont vu leurs unités opérationnelles renforcées ou réhabilitées, Mbigou apparaît comme le point mort d’une stratégie de modernisation pourtant jugée prioritaire. Pour les autorités, l’urgence n’est plus à la pose de premières pierres, mais à la démonstration d’une efficacité réelle. Sans une reprise immédiate des travaux, le « chantier fantôme » de la gendarmerie risque de cristalliser durablement la défiance des citoyens envers la parole publique dans le sud du pays.


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