Le palais du Bord de mer semble a placé la souveraineté informationnelle au cœur de ses priorités stratégiques. Excédées par ce qu’elles qualifient de « matraquage médiatique » et de « lectures biaisées » des réalités nationales, les autorités gabonaises n’excluent plus de sévir contre plusieurs enseignes de la presse occidentale. Dans les couloirs du ministère de la Communication, le grief est clair : certains canaux étrangers, sous couvert de liberté d’expression, serviraient d’instruments d’influence visant à déstabiliser l’opinion publique et à écorner l’image de marque du pays à l’international.
Cette montée de tension s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation du narratif « hérité » au sein de la zone CEMAC. En pointant du doigt des « officines de propagande » déguisées en rédactions indépendantes, Libreville cherche à reprendre la main sur son agenda politique et social. Pour le ministère de la communication,cette fermeté témoigne d’une volonté de redéfinir les termes du partenariat avec les groupes de presse européens, exigeant désormais un traitement plus équilibré et respectueux des spécificités locales, loin des clichés habituels de l’afro-pessimisme.Si la suspension effective de ces médias venait à être actée par la Haute Autorité de la Communication (HAC), elle marquerait un tournant décisif dans les relations entre le Gabon et ses partenaires traditionnels.
Pour le pouvoir en place, il s’agit d’une mesure de salubrité publique nécessaire pour protéger la cohésion nationale face à des flux d’informations jugés corrosifs. Toutefois, ce durcissement de ton pose la question de l’équilibre entre sécurité de l’État et pluralisme de l’information, un défi de taille pour un pays qui aspire à moderniser son paysage médiatique tout en affirmant son émancipation diplomatique.


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