Dans le bassin de l’Ogooué, la détresse a pris le visage d’une traversée de fortune. À Makouké, une décision administrative récente a brusquement rompu le lien ombilical qui reliait les familles aux centres d’activité, les forçant à s’en remettre à des pirogues artisanales pour franchir les eaux capricieuses du fleuve. Ce qui était autrefois une formalité logistique est devenu un défi quotidien à la survie, plaçant des centaines d’habitants dans une insécurité structurelle que le silence des autorités locales ne fait qu’amplifier.L’absence totale de mesures d’accompagnement par la Marine marchande cristallise la colère des usagers.
Sur ces embarcations surchargées, le constat est glaçant : ni gilets de sauvetage, ni bouées de secours, et des conducteurs dépourvus de toute formation technique aux risques fluviaux. En privant la localité d’un moyen de transport homologué sans proposer d’alternative viable, l’administration expose délibérément les femmes, les enfants et les travailleurs à un risque de naufrage permanent, transformant chaque traversée en une loterie tragique.Face à ce péril imminent, la revendication des populations est unanime : le retour immédiat du ferry. Seule une infrastructure lourde et encadrée peut garantir la continuité du service public et la protection des citoyens.
Pour les habitants de Makouké, le ferry n’est pas un luxe, mais un instrument de souveraineté et de sécurité. Son absence ne paralyse pas seulement les échanges économiques ; elle fragilise l’accès aux soins et à l’éducation, isolant un peu plus une zone déjà éprouvée par l’enclavement.Le mutisme des responsables municipaux et préfectoraux face à cette urgence est désormais perçu comme un abandon républicain. Dans le Gabon de la Ve République, où la « restauration de la dignité » est érigée en dogme, la situation à Makouké apparaît comme une anomalie insupportable. Sans une réaction rapide pour rétablir une liaison fluviale sécurisée, la fracture entre l’administration et les administrés risque de s’approfondir, laissant craindre que seule une tragurgie ne vienne enfin briser ce silence assourdissant.


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