Trois jours après l’incident impliquant un tanker de la Société ivoirienne de raffinage (SIR), les autorités et les populations locales se mobilisent pour panser les plaies d’un écosystème fragile. Si le pire semble évité, l’heure est au bilan et au nettoyage chirurgical.​
De notre correspondant à Abidjan​
L’air iodé de Grand-Bassam, d’ordinaire si prisé des Abidjanais en cette période de fêtes, a un arrière-goût de bitume. Sur le sable fin de l’ancienne capitale coloniale, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, le décor n’est plus à la fête. Ce mardi 30 décembre, ils étaient près de 200 — agents du Centre ivoirien antipollution (CIAPOL), bénévoles et techniciens — déployés sur le front de mer pour une opération de salubrité d’envergure.​Réparties tous les deux kilomètres, les équipes quadrillent la zone, de Vridi jusqu’aux plages de Bassam. Le spectacle est saisissant : une chaîne humaine armée de râteaux et de pelles s’active pour traquer les derniers stigmates du brut. « C’est un véritable travail de fourmi », confie un intervenant sur place. Chaque déchet souillé est minutieusement collecté, mis en sac et évacué.​
Si les grandes nappes noires ne sont plus visibles à l’œil nu, l’odeur âcre des hydrocarbures, elle, persiste, rappelant la gravité de l’incident survenu le samedi 27 décembre au soir. Ce jour-là , un déversement accidentel provenant d’un tanker de la Société ivoirienne de raffinage (SIR) laissait échapper environ sept mètres cubes d’hydrocarbures.Huit kilomètres sous surveillance​Le diagnostic du CIAPOL est précis : huit kilomètres de littoral ont été impactés. Face à l’urgence, le ministère de l’Environnement a immédiatement activé le Plan Pollumar, déployant des barrages flottants pour briser la progression de la nappe vers le large ou les lagunes environnantes.​« Les risques ont été circonscrits grâce à la rapidité de l’intervention », assure-t-on du côté des autorités.​Pourtant, le principe de précaution prévaut. Pour les hôteliers et les restaurateurs de la zone, le coup est rude en pleine saison touristique : les plages resteront interdites au public pour au moins une semaine.
Cet incident replace la question de la sécurité environnementale au cÅ“ur des débats industriels en Côte d’Ivoire. Si la SIR est un fleuron de l’économie nationale, cet accident interroge sur la vétusté de certains dispositifs de transbordement. Pour l’heure, la priorité reste le nettoyage complet et l’évaluation de l’impact sur la faune marine, alors que les pêcheurs artisanaux de Vridi craignent déjà pour leurs filets.​À Grand-Bassam, le ballet des sacs de déchets pétroliers continue. Entre la volonté de sauver la saison touristique du Nouvel An et l’exigence écologique, la Côte d’Ivoire joue une partition serrée sur son littoral.


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