Dans les dédales des quartiers sous-intégrés de Libreville, le danger ne vient pas seulement de l’insécurité nocturne, il pend littéralement au-dessus des têtes. Le phénomène des branchements anarchiques, véritable gangrène urbaine, a atteint un seuil critique. Des câbles dénudés, entremêlés dans un chaos inextricable, courent le long des murs précaires, traversent les rigoles d’eaux usées et surplombent les zones de passage, transformant certains quartiers en véritables bombes à retardement.
Face à cette prolifération, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) semble assister, impuissante ou dépassée, à une mise en danger permanente des populations.Ce « populisme électrique » répond à une réalité sociale brutale : l’incapacité du réseau formel à suivre l’extension anarchique de la capitale. Pour des milliers de Librevillois, l’accès à la lumière passe par le « système D », au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires. Mais ce pragmatisme de survie a un prix, souvent payé en vies humaines. Les cas d’électrisation, voire d’électrocution, notamment lors des fortes pluies tropicales, ne sont plus des exceptions. En transformant chaque poteau électrique en un nœud de raccordements clandestins, les « électriciens de quartier » créent un environnement où le moindre court-circuit peut provoquer un incendie dévastateur.Pour la SEEG, le préjudice est autant technique que financier. Ces ponctions sauvages sur le réseau provoquent des chutes de tension récurrentes et endommagent des transformateurs déjà saturés, pénalisant par ricochet les clients réguliers. Pourtant, malgré les campagnes de sensibilisation et les opérations ponctuelles de décrochage, la riposte de la compagnie nationale peine à endiguer le flux. Chaque câble coupé est souvent remplacé dans l’heure qui suit, révélant l’existence d’une économie souterraine de l’énergie que l’administration peine à démanteler.Au-delà de la répression, c’est la question du logement et de l’aménagement du territoire qui est ici posée. Le maintien de ces branchements sous le « regard impuissant » des autorités souligne l’échec des politiques d’électrification rurale et urbaine à intégrer les zones périphériques.
Tant que l’accès légal à l’énergie restera un luxe administratif ou financier pour les foyers les plus modestes, le « fil de la mort » continuera de tisser sa toile. Pour le gouvernement de transition, sécuriser ces quartiers demande une approche globale : investir dans l’extension du réseau basse tension tout en simplifiant les procédures d’abonnement social.En attendant une solution structurelle, le péril demeure. À Libreville, marcher sous un pylône ou à proximité d’un amas de câbles est devenu un exercice de haute voltige. La tragédie couve sous chaque branchement de fortune, rappelant cruellement que l’obscurité est parfois moins dangereuse que cette lumière volée au prix de la vie. Pour la SEEG et les pouvoirs publics, l’heure n’est plus au simple constat d’impuissance, mais à une intervention d’urgence avant qu’un nouveau drame ne vienne une fois de plus endeuiller la capitale.


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