À Libreville, les abris-bus ne servent plus uniquement de refuge contre les intempéries pour les usagers des transports urbains. Ils sont devenus le théâtre d’une occupation anarchique où étals de marchandises et vendeurs ambulants dictent leur loi. Ce détournement du mobilier urbain, loin d’être un épiphénomène, illustre l’ampleur d’un secteur informel qui a fini par s’enkyster dans les moindres recoins de la capitale gabonaise.
Pour les riverains, le constat est amer : alors que les structures ont été érigées pour fluidifier la mobilité, elles sont aujourd’hui saturées par une activité commerciale qui rend l’attente des bus quasi impossible, obligeant les passagers à s’exposer dangereusement sur la chaussée.Au cœur de cette dérive, l’attitude de l’Hôtel de Ville suscite l’incompréhension, voire la colère. Si la municipalité multiplie officiellement les mises en garde contre l’occupation indue du domaine public, la réalité du terrain dépeint une forme de « silence complice ». Le prélèvement quotidien de taxes municipales auprès de ces commerçantes, souvent appelées « les mamans », installe un flou juridique préjudiciable. En percevant ces deniers, la mairie semble valider implicitement une situation qu’elle condamne par ailleurs, transformant des infrastructures de transport en marchés de quartier à ciel ouvert. Cette gestion à double détente soulève la question de la cohérence de la politique urbaine face à l’urgence des recettes fiscales locales.
Enfin, cette situation met en lumière les limites structurelles de la gouvernance urbaine dans une métropole en pleine expansion. L’absence de zones de commerce de proximité adaptées pousse les acteurs de l’informel à coloniser les rares espaces aménagés, créant un conflit d’usage permanent entre piétons, commerçants et transporteurs. Pour Libreville, l’enjeu ne se résume plus à de simples opérations de déguerpissement, souvent suivies d’une réinstallation immédiate, mais à une véritable refonte de l’espace public. Sans une alternative viable pour ces milliers de familles vivant de la débrouille, les abris-bus resteront les symboles d’une ville qui peine à réconcilier ses impératifs de modernisation avec la réalité sociale de ses habitants.


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