Le paysage administratif de Libreville est en passe de muer. Ce lundi 9 mars, le Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, a arpenté les coursives de la future Cité Administrative Émeraude, un chantier titanesque dont l’échéance de juillet prochain sonne comme un test de crédibilité pour l’exécutif. Avec un taux d’exécution frôlant les 80 %, ce complexe de quatorze immeubles de verre et d’acier n’est pas qu’une prouesse architecturale signée par les entreprises adjudicataires ; c’est le totem d’une volonté de rupture avec l’éparpillement bureaucratique qui a longtemps paralysé l’efficacité de la puissance publique gabonaise.
Derrière les façades modernes et les 63 bureaux par bâtiment, l’enjeu est avant tout comptable. En regroupant ses troupes dans ce nouveau pôle, l’État gabonais espère stopper l’hémorragie financière causée par le recours systématique aux baux privés, une pratique aussi coûteuse qu’inefficace. L’économie projetée est vertigineuse : près de 30 milliards de francs CFA par an pourraient être réinjectés dans les caisses du Trésor. Pour Hermann Immongault, qui a réuni un Conseil interministériel sur le site même, la Cité Émeraude doit incarner une administration rationnelle, capable de passer de la culture de la dépense locative à celle de l’investissement patrimonial productif.Cependant, le défi de juillet ne sera pas seulement technique, mais profondément structurel.
Le Secrétariat général du gouvernement planche déjà sur le complexe puzzle du déménagement des ministères, une transition qui devra se faire sans gripper la machine du service public. Si la réussite de ce projet structurant se mesure à la qualité de l’accueil des usagers et au confort des agents, elle sera surtout jugée sur sa capacité à transformer la culture de travail au sommet de l’État. À quelques mois de l’inauguration, la Cité Émeraude se dresse déjà comme le symbole d’un Gabon qui tente de troquer ses vieux oripeaux administratifs contre une gouvernance de résultat.


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