À Libreville, le climat social s’apaise. Alors que les revendications des enseignants s’essoufflent à peine, c’est désormais le secteur névralgique du pétrole qui avait menacé de faire vaciller l’économie nationale. Face à cette fronde qui gagne l’administration publique, l’exécutif tente de jouer la carte de l’apaisement par le dialogue. Selon le porte parole de la présidence, Théophane Junior Nzame-Nze Biyoghe,l’enjeu est de taille : stabiliser le front social pour éviter une paralysie qui entacherait la crédibilité du pays auprès des investisseurs internationaux, tout en répondant aux attentes d’une population fatiguée par l’érosion du pouvoir d’achat.
Pour financer ses ambitions sans aggraver un déficit budgétaire chronique, le gouvernement mise sur une thérapie de choc administrative. La stratégie repose sur un pivot numérique : la digitalisation de la collecte des recettes douanières et fiscales. En resserrant les mailles du filet contre l’évasion financière et en optimisant l’assiette fiscale, Libreville espère dégager les marges de manœuvre nécessaires pour honorer ses engagements sociaux en 2026. Une course contre la montre est lancée pour transformer l’administration en une machine à revenus efficace et transparente.Le fardeau de la dette reste pourtant l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de l’économie gabonaise. Avec un endettement qui frôle les 70 % du PIB et des projections inquiétantes à l’horizon 2027, la marge de manœuvre est étroite. La nouvelle doctrine officielle consiste à rompre avec l’endettement de fonctionnement pour privilégier des prêts exclusivement fléchés vers des projets d’infrastructure à forte valeur ajoutée.
L’objectif affiché est clair : que chaque franc emprunté génère, à terme, la richesse nécessaire à son propre remboursement, une promesse de rigueur qui demande encore à être éprouvée sur le terrain.Dans ce contexte, le retour du Fonds Monétaire International (FMI) à Libreville en ce mois de février s’apparente à un examen de passage crucial. Si le gouvernement récuse toute idée d’un plan d’austérité imposé, il n’en reste pas moins que l’onction de l’institution de Washington est indispensable pour rassurer les marchés. Entre la nécessité de financer les services publics et l’impératif de restaurer la signature du Gabon à l’international, les autorités tentent un exercice d’équilibriste périlleux : réformer sans braquer la rue, et investir sans creuser l’abîme de la dette.


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