C’est un écran noir qui résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel numérique gabonais. Depuis le 17 février, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a ordonné la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des plateformes du géant Meta — Facebook, Instagram et WhatsApp — ainsi que de TikTok. Officiellement, Libreville invoque une salubrité publique digitale nécessaire face à une déferlante de « fake news », de contenus diffamatoires et d’appels à la haine qui menaceraient la cohésion nationale. Pour Jennyfer Mélodie Sambat, porte-parole adjointe de la présidence, il s’agit d’une mesure de souveraineté visant à contraindre la multinationale de Mark Zuckerberg à s’asseoir à la table des négociations pour mieux réguler un espace devenu, selon les autorités, un catalyseur de désordre social.
Pourtant, dans les travées du pouvoir comme dans les salons feutrés de la capitale, cette radicalité interroge. Si le palais du Bord de mer assure que l’économie réelle peut se passer des « likes » pour prospérer, la réalité du terrain est plus nuancée : du petit commerce de quartier aux start-up de la « Silicon Vallon », tout un écosystème repose sur la connectivité de WhatsApp. Ce tour de vis numérique intervient surtout dans un climat social électrique, marqué par des mouvements de grève dans la fonction publique et une impatience croissante des populations face au coût de la vie. En privant les Gabonais de leurs principaux canaux d’expression, le régime s’offre un répit médiatique, mais prend le risque de transformer une frustration digitale en une colère bien réelle, loin des algorithmes.
À l’échelle du continent, le cas gabonais ravive le débat sur la difficile cohabitation entre les régimes africains et les Big Tech. En adoptant cette stratégie de la rupture, Brice Clotaire Oligui Nguema teste la résilience de son modèle de gouvernance face à une opinion publique ultra-connectée. Reste à savoir qui, de Libreville ou de Menlo Park, pliera le premier. Si le gouvernement espère une reddition de Meta aux exigences locales, les usagers, passés maîtres dans l’art du contournement via les VPN, rappellent déjà que dans le Gabon de 2026, on ne bâillonne pas la toile aussi facilement qu’on ferme une frontière.


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