À Abu Dhabi, le verre et l’acier ne sont plus les seuls symboles d’une ambition sans limites ; ils servent désormais de décor à une diplomatie gabonaise en pleine mutation. La réception du Président Brice Clotaire Oligui Nguema par Son Altesse Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, le 5 février 2026, marque une étape décisive dans la quête de partenaires non traditionnels pour le Gabon. Au-delà des civilités d’usage, cet entretien de haut niveau scelle une « lune de miel » économique entre deux nations qui partagent une obsession commune : la diversification hors pétrole.
En s’affichant aux côtés du souverain émirati, le chef de l’État gabonais envoie un signal clair aux marchés internationaux : Libreville est désormais une destination de choix pour les capitaux souverains du Golfe.Le cœur de ce partenariat stratégique bat au rythme des projets structurants. Les deux chefs d’État ont réaffirmé leur volonté d’accélérer les flux d’investissement dans des secteurs névralgiques tels que l’énergie — avec un intérêt marqué pour les centrales hydroélectriques — et les infrastructures logistiques. Le projet de port en eau profonde de Mayumba, véritable serpent de mer de l’économie gabonaise, pourrait enfin trouver dans l’expertise émiratie (à l’instar d’AD Ports) le levier financier et technique nécessaire à sa concrétisation. Pour Libreville, l’enjeu est de transformer sa façade maritime en un hub régional, soutenu par la puissance de frappe d’Abu Dhabi, champion mondial de la connectivité portuaire et du commerce transcontinental.Cette convergence de vues s’étend également aux domaines de l’innovation et de l’économie verte. Alors que le Gabon se positionne comme un leader mondial de la préservation forestière, les Émirats arabes unis apportent leur savoir-faire en matière de technologies durables et de finance climatique.
L’agenda de la rencontre a ainsi souligné l’importance de bâtir un modèle de croissance qui concilie l’exploitation des ressources naturelles et la transition écologique. Ce dialogue « innovation-nature » préfigure une nouvelle ère où le Gabon ne se contente plus d’exporter des matières premières brutes, mais s’intègre dans des chaînes de valeur mondialisées grâce au transfert de technologies et à la digitalisation accélérée de son administration.Ce déplacement aux Émirats traduit une volonté de rupture avec les schémas diplomatiques du passé. En cultivant une relation fondée sur le « respect mutuel » et la « confiance », Brice Clotaire Oligui Nguema cherche à asseoir une crédibilité internationale capable de rassurer les bailleurs de fonds les plus exigeants.
Si les accords de principe doivent encore se traduire en chantiers visibles sur le terrain, cette alliance avec Abu Dhabi offre au Gabon une profondeur stratégique inédite au Moyen-Orient. Pour le peuple gabonais, l’enjeu est de taille : voir ces poignées de main princières se transformer en emplois réels et en infrastructures pérennes, gages d’une prospérité partagée qui ne dépendrait plus uniquement des cours du brut.


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