Depuis son arrivée au palais du bord de mer, Brice Clotaire Oligui Nguema s’est fixé une mission qui dépasse les frontières gabonaises: redéfinir la grammaire du pouvoir en Afrique centrale. En choisissant de laisser libre cours à une critique parfois virulente et en ouvrant les vannes d’un débat public longtemps muselé, le président gabonais délivre ce que nombre d’observateurs qualifient de « leçon magistrale » à ses pairs du continent. Là où d’autres régimes voient dans la liberté d’expression un facteur d’instabilité, Libreville en fait le moteur de sa refondation nationale.
Cette stratégie de la « porte ouverte » rompt radicalement avec les codes du voisinage régional, souvent marqués par une crispation sécuritaire face à la contestation. En tolérant les voix discordantes, y compris au sein de la société civile et des médias, Oligui Nguema ne se contente pas de rompre avec l’ère Bongo ; il bouscule le logiciel des autocraties africaines. Pour le président gabonais, la liberté d’expression agit comme une soupape de sécurité indispensable pour légitimer son action et ancrer le pays dans une modernité politique qui séduit les chancelleries occidentales.Toutefois, ce libéralisme affiché n’est pas exempt de respect du cadre légal institutionnel. En offrant cet espace de parole, le pouvoir gabonais prive ses opposants de l’argument de la répression, contrairement sous l’ancien régime. Aucun détracteur du Chef de l’État n’est emprisonné alors qu’il ne fait montre d’aucune entrave à la loi. Cette posture permet de construire un narratif de rupture crédible, où le dialogue remplace le bâton. C’est un message envoyé directement aux capitales africaines : on peut diriger avec fermeté tout en acceptant la contradiction, pourvu que cette dernière s’inscrive dans le cadre du redressement de l’État.
L’expérience gabonaise pose une question de fond pour l’avenir de la gouvernance sur le continent : la liberté d’expression est-elle un luxe ou une nécessité pour la stabilité des régimes ? En faisant le pari de la transparence et du débat, le Gabon se positionne comme un laboratoire à ciel ouvert. Si cette « leçon » porte ses fruits sur le long terme, elle pourrait bien devenir le nouveau standard pour une Afrique en quête de modèles de gouvernance plus inclusifs et moins anxiogènes.


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