À Libreville, la suspension des réseaux sociaux ne se lit plus comme une simple parenthèse technique, mais comme une ligne rouge tracée au nom de la dignité humaine. Face à ce que les autorités décrivent comme un « déversoir de haine », le Gabon a choisi la méthode forte pour stopper une érosion des valeurs jugée critique. Lorsque l’écran devient le théâtre de l’humiliation systématique, de la diffusion de l’intimité et de la mise à mort sociale, l’État estime qu’il ne s’agit plus de réguler un outil, mais de protéger l’intégrité morale de ses citoyens.
C’est un choix de souveraineté comme en Chine et en France avec Tik Tok: celui de ne pas laisser l’anarchie digitale dicter le Code civil d’une nation en pleine mutation.Le constat est amer pour les chantres de la liberté totale : l’espace numérique gabonais s’était progressivement mué en une zone de non-droit où le « tout-permis » l’emportait sur le respect de la personne. Entre sextapes instrumentalisées et lynchages coordonnés, la dérive n’était plus seulement politique, elle était anthropologique. Pour les partisans de la mesure, l’État est dans son rôle lorsqu’il s’érige en rempart contre des algorithmes qui privilégient le choc à l’éthique. Cette suspension est donc présentée comme une pause thérapeutique, un sevrage nécessaire pour une société dont la boussole morale semblait s’affoler au rythme des « clics » et des « partages » destructeurs.Cette « restauration des mentalités », érigée en priorité nationale, suppose une reprise en main sans concession.
Le message envoyé par la HAC est limpide : la liberté d’expression n’est pas un permis de déshumaniser. En coupant le signal, le pouvoir librevillois entend siffler la fin de la distraction stérile et de l’immaturité qui freinent l’élan de construction du pays. Pour de nombreux experts, il s’agit d’une révolution de la responsabilité ; une manière de rappeler que derrière chaque avatar se trouve un citoyen soumis aux lois de la République et aux exigences de la décence commune.Pourtant, cette déconnexion soulève un défi immense pour demain : celui de la réouverture. Comment reconstruire un espace numérique sain sans tomber dans la surveillance permanente ? Le Gabon se trouve à la croisée des chemins, cherchant à définir un modèle où la modernité technologique ne se ferait pas au prix du sacrifice de la dignité. Le succès de cette mesure ne se mesurera pas à la durée du silence, mais à la capacité des Gabonais à réinvestir les réseaux sociaux avec une éthique renouvelée, faisant du digital un levier de progrès plutôt qu’un instrument de déshonneur.


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