Pendant que le Gabon déploie ses ambitions à travers le PNCD 2026-2030, une réalité souterraine et délétère continue de fragiliser le quotidien des Librevillois : le fléau de l’eau détournée. Ce phénomène, qualifié de véritable « mafia », repose sur un système organisé où la ressource publique est captée au détriment des ménages pour alimenter un marché parallèle lucratif. Entre manipulations techniques et arrangements opaques, cette économie de l’ombre s’est enracinée, transformant une denrée vitale en un luxe inaccessible pour une partie de la population.Le mode opératoire de ces réseaux est aussi ingénieux qu’inquiétant.
Des agents véreux, bénéficiant d’une connaissance parfaite du réseau de la SEEG, orchestrent des coupures ciblées dans certains quartiers pour rediriger le flux vers des infrastructures privées ou des zones stratégiques. Ces manœuvres créent une pénurie artificielle qui fait le lit d’un business colossal : celui des camions-citernes et de la revente à la sauvette. Dans ce circuit informel, le prix du mètre cube s’envole, forçant les familles les plus précaires à consacrer une part disproportionnée de leurs revenus à l’achat d’eau, parfois au détriment de l’hygiène et de la santé.Les chiffres de cette spoliation sont vertigineux. On estime que ce commerce illicite génère un chiffre d’affaires mensuel de plus de 250 millions de FCFA, soit près de 3 milliards de FCFA par an. Ce manque à gagner pour l’État et la SEEG est un frein direct à l’investissement dans de nouvelles infrastructures de production. Au-delà de l’aspect financier, c’est un véritable sabotage de l’effort national de développement, où la souffrance des populations devient le moteur de l’enrichissement d’une poignée d’individus.Face à ce défi, la réponse doit être systémique.
Si le sommet de l’État multiplie les actions pour accroître les capacités de production, la bataille se joue également sur le terrain de l’intégrité et de la surveillance. Le démantèlement de ces réseaux de corruption est un préalable indispensable à la réussite du PNCD. Restaurer l’équité dans la distribution de l’eau n’est pas seulement une question d’ingénierie, c’est un impératif de justice sociale. Pour le Gabon de la Ve République, l’accès universel à l’eau potable doit passer par une rupture franche avec les pratiques du passé et une protection sans faille de ce « bien commun ».


Commentaires