Après une transition de plus de quatre ans, le général de corps d’armée a troqué le treillis pour le costume de président élu. Dans un discours à la nation empreint de gravité, l’ancien légionnaire promet une « ère nouvelle », tout en sachant que le plus dur commence : transformer l’essai de la légitimité des urnes.Le dénouement était attendu, mais le symbole n’en reste pas moins puissant. Mamadi Doumbouya est officiellement le nouveau président de la République de Guinée pour un mandat de sept ans. Quelques heures après la proclamation des résultats définitifs par l’instance électorale, celui qui a dirigé la transition depuis le coup d’État du 5 septembre 2021 s’est adressé à ses compatriotes.
Un plébiscite et des défis:
Dans une allocution solennelle, le désormais président élu a salué « la maturité du peuple souverain ». Exit le béret rouge et les lunettes sombres des premières heures du CNRD ; c’est un homme à la posture de chef d’État, apaisé mais ferme, qui a pris la parole.« Cette victoire n’est pas celle d’un homme, ni d’un clan, mais celle d’une Guinée qui veut enfin réconcilier son histoire et son avenir », a-t-il déclaré, appelant ses opposants à « saisir la main tendue pour la construction nationale ».Pour Doumbouya, ce septennat s’ouvre sous le signe de la continuité des grands chantiers lancés durant la transition, notamment le titanesque projet minier Simandou. Mais au-delà de l’économie, c’est sur le terrain de la cohésion sociale et des libertés publiques que le nouveau président sera attendu au tournant par la communauté internationale et une classe politique en partie exilée.Le général a réussi là où beaucoup de ses pairs de la région ont trébuché : transformer une prise de pouvoir militaire en un mandat constitutionnel.
À Conakry, si la liesse a emparé certains quartiers populaires, une partie de l’opinion reste vigilante. Le passage d’une gestion d’exception à une gouvernance démocratique classique impose des exigences de redevabilité auxquelles l’administration de transition n’était pas toujours habituée.En s’installant pour sept ans, Mamadi Doumbouya dispose d’un horizon temporel long — peut-être le plus long de la sous-région — pour imprimer sa marque. Reste à savoir si ce « contrat social » saura résister à l’usure du pouvoir et aux soubresauts d’une scène politique guinéenne historiquement inflammable. À 45 ans, celui que ses partisans surnomment « le bâtisseur » a désormais toutes les cartes en main. Le général a gagné sa bataille des urnes ; il lui reste maintenant à gagner celle de la postérité.


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