Dans une vidéo virale aux accents de réquisitoire, l’activiste et homme politique Xavier Ndong Ndong s’en est violemment pris à la gestion du pays par les ressortissants du Haut-Ogooué. Une sortie qui ravive le spectre des tensions communautaires dans un Gabon en pleine affirmation de la cinquième République.Au Gabon, le « vivre-ensemble » vient de subir un sérieux coup de canif. Xavier Ndong Ndong, figure bien connue de la scène traditionnelle gabonaise, a franchi un nouveau palier dans la provocation.
Dans une allocution filmée qui inonde les réseaux sociaux, il s’attaque frontalement aux « Bateké » et aux ressortissants du Haut-Ogooué (G2), les accusant d’avoir accaparé les richesses et les leviers du pouvoir au détriment du reste de la nation.Vêtu d’une tenue traditionnelle aux motifs léopard, le ton martial, Ndong Ndong ne fait pas dans la dentelle. Pour lui, l’argent, l’administration fiscale et la sécurité présidentielle seraient devenus la chasse gardée d’une seule province. « L’argent c’est seulement pour les Bateké… La Garde Républicaine, c’est seulement pour eux », martèle-t-il, avant d’opposer cette supposée opulence à la « misère » des autres Gabonais, notamment dans les secteurs de l’Éducation nationale.​Si la critique de la gouvernance sous l’ère Bongo (père et fils) est un sport national depuis le coup de force du 30 août 2023, la méthode Ndong Ndong détonne par sa dangerosité.
En ciblant une ethnie et une région spécifique, il touche à la fibre la plus sensible de l’unité nationale.Pour de nombreux observateurs à Libreville, cette sortie n’est pas fortuite. Alors que le pays est engagé dans une transition délicate sous l’égide du général Brice Clotaire Oligui Nguema — lui-même originaire du Haut-Ogooué par sa lignée paternelle, bien que se voulant le président de « tous les Gabonais » — ce type de discours s’apparente à une bombe à retardement.​« C’est une rhétorique qui rappelle les heures les plus sombres des divisions ethnocentrées », confie un analyste politique local. « En voulant dénoncer un système, il risque de stigmatiser toute une population qui, pour sa grande majorité, ne profite pas plus des richesses du pays que le paysan du Woleu-Ntem ou de la Nyanga. »Les autorités du pays se trouvent face à leurs responsabilités.
Laisser dire, c’est prendre le risque de voir ces idées infuser dans une opinion publique frustrée par des décennies de gestion clanique. Réprimer, c’est faire de Xavier Ndong Ndong un martyr de la « liberté d’expression » post-Bongo.​Pourtant, il semble ne craindre aucune conséquence : « Je sais qu’ils ne me feront rien », lance-t-il avec défiance en fin de vidéo. Une assurance qui interroge sur ses soutiens et sur l’impunité dont semblent jouir certains acteurs politiques dans ce nouveau Gabon en quête de repères.​À l’heure où la reconstruction de l’État nécessite une cohésion sans faille, le « cas Ndong Ndong » agit comme un avertissement : les vieux démons de l’ethno-politique ne sont jamais très loin, et il suffirait d’une étincelle pour que le feu prenne.


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