L’annonce a fait l’effet d’un électrochoc dans la « Tech » gabonaise. Le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, a officialisé le 8 mars dernier la tenue prochaine d’un Forum citoyen sur la régulation des réseaux sociaux. Cette initiative gouvernementale survient dans un climat de haute tension, trois semaines après la décision radicale de la Haute autorité de la communication (HAC) de suspendre l’accès aux plateformes sociales. Pour l’exécutif, il ne s’agit plus seulement de police numérique, mais de refonder le cadre d’expression en ligne sur des « valeurs ancestrales de respect et de dignité », un discours qui tente de concilier modernité technologique et impératifs de cohésion nationale.
L’enjeu de ces assises dépasse largement le simple cadre législatif. En invoquant le « vivre ensemble » pour justifier une modération plus stricte, le gouvernement gabonais cherche à reprendre la main sur un espace numérique devenu le terrain fertile de la diffamation et des discours de haine. Mais derrière l’argument moral, c’est une véritable architecture de la surveillance et du contrôle qui se dessine. Le défi pour Libreville sera de rassurer une opinion publique et une société civile échaudées par le silence numérique imposé, tout en proposant des mécanismes de régulation qui ne soient pas perçus comme un garrot sur la liberté d’expression.Sur le plan économique, l’urgence est signalée en rouge. La suspension des réseaux sociaux a paralysé tout un écosystème de créateurs de contenus, de e-commerçants et d’entreprises digitales dont la survie dépend de la connectivité.
Signe de l’importance stratégique du marché gabonais, des géants comme TikTok ont déjà manifesté leur volonté de dépêcher des émissaires à Libreville pour négocier un terrain d’entente. Ce forum citoyen s’annonce donc comme une table de négociation cruciale où l’État, les opérateurs globaux et les acteurs du numérique devront accorder leurs violons pour éviter que le Gabon ne se coupe durablement de l’économie mondiale de l’attention.


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