À Libreville, le ministère des Transports active la fusion des deux opérateurs publics, Trans’urb et SOGATRA. Plus qu’une simple réorganisation, cette nouvelle entité à trois pôles — passagers, marchandises et hydrocarbures — ambitionne de devenir le bras armé de la souveraineté économique gabonaise.Au Gabon, le paysage du transport public s’apprête à vivre son Big Bang. Sous l’impulsion du Ministre d’État Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, le processus de fusion entre la Société gabonaise de transport (Sogatra), pionnière essoufflée par les crises sociales, et Trans’urb, lancée en 2020 pour pallier l’urgence, entre dans sa phase décisive. La phase juridique, visant à liquider les passifs et à harmoniser les statuts, ouvre la voie à une entité d’un genre nouveau : un groupe intégré capable de projeter l’État sur tous les fronts de la mobilité.
Une force de frappe de 150 véhicules:
Pour éviter l’écueil des réformes purement administratives, Libreville a choisi la thérapie par l’investissement. Le lancement de la nouvelle structure s’appuie sur une dotation massive de moyens : 150 bus neufs pour la phase de démarrage, mixant des capacités de 70 places pour les artères principales et de 30 places pour la desserte fine des quartiers. Cette flotte vise à saturer l’offre de transport urbain, là où la pénurie de sièges alimentait jusqu’ici la grogne sociale.
Le pari du fret et de « l’or noir »:
Mais la véritable révolution de cette fusion réside dans son changement de périmètre. Pour la première fois, l’opérateur national sortira de sa zone de confort — le transport de passagers — pour s’attaquer aux segments les plus lucratifs de l’économie nationale. La nouvelle société s’articulera désormais autour de trois pôles stratégiques : -Pôle Passagers : Unifier le réseau urbain et interurbain sous une bannière unique de performance. -Pôle Marchandises : Avec l’acquisition de semi-remorques, l’État s’invite dans le transport de fret, secteur clé pour le désenclavement du territoire. -Pôle Hydrocarbures : Une incursion stratégique dans le transport des produits pétroliers, nerf de la guerre économique.
Vers l’autonomie financière:
En diversifiant ses activités vers les produits pétroliers et le fret, l’État gabonais cherche un modèle économique plus résilient. Les marges générées par le pôle hydrocarbures et marchandises ont vocation à soutenir le pôle passagers, structurellement déficitaire mais socialement indispensable.C’est un signal fort envoyé aux acteurs privés du secteur : l’État redevient un logisticien de premier plan. Si le défi de la maintenance — le talon d’Achille des précédentes expériences — est relevé, ce nouveau champion national pourrait bien devenir le pivot de la transformation structurelle voulue par les autorités de la Transition pour l’horizon 2026.


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