À Libreville, le grand ménage dans les registres de la fonction publique est devenu le cheval de bataille du ministère de la Fonction publique et du Renforcement des capacités. La traque aux agents fictifs, ces « fantômes » qui émargent indûment au budget de l’État sans jamais occuper leur poste, s’est accélérée sous l’impulsion du Palais du Bord de mer. Si les premières vagues d’audits et le gel de certains bons de caisse ont permis de réaliser des économies substantielles, la question de la pérennité de cette opération reste entière.
Pour les observateurs de la finance publique, il ne suffit pas de rayer des noms sur un listing ; l’enjeu est de s’attaquer à une hémorragie budgétaire qui, pendant des décennies, a servi de soupape de sécurité clientéliste.Le véritable défi réside toutefois dans le démantèlement des réseaux de complicité qui irriguent l’administration. Derrière chaque agent fantôme se cache souvent une chaîne de validation, des DRH aux services de la solde, capable de manipuler les systèmes informatiques et de contourner les contrôles biométriques. Cette ingénierie de la fraude, héritée d’un système où l’emploi public était perçu comme une rente, résiste farouchement aux tentatives de modernisation. Pour de nombreux cadres de l’administration gabonaise, le succès de cette réforme ne se mesurera pas au nombre de radiations, mais à la capacité du pouvoir à briser ces « baronnies » administratives qui tirent profit de l’opacité des effectifs.Alors que le Gabon s’est engagé dans une rationalisation drastique de ses dépenses pour rassurer ses partenaires financiers, la numérisation complète de la gestion des ressources humaines apparaît comme l’ultime rempart contre la corruption systémique.
La mise en place d’un fichier unique et interconnecté est censée rendre impossible toute double rémunération ou maintien de salaires pour des agents décédés ou expatriés. Mais au-delà de l’outil technique, c’est une révolution des mentalités que Libreville tente d’imposer. La réussite de ce chantier est cruciale : elle déterminera si le pays peut enfin transformer sa fonction publique en un moteur d’efficacité plutôt qu’en un fardeau financier pour les générations futures.


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