Face à une gabegie financière estimée à plusieurs milliards de francs CFA, le gouvernement gabonais a décidé de prendre le taureau par les cornes. Lors d’une intervention télévisée musclée, le ministre de l’Énergie a pointé du doigt les « branchements directs » sans compteurs, une pratique qui gangrène les comptes de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) depuis des années. Pas moins de douze localités, dont Iboundji et Bakoumba, profiteraient de l’électricité sans aucune facturation, engendrant une perte sèche annuelle d’environ 5 milliards de francs CFA.
Pour mettre fin à cette hémorragie, Libreville annonce un ultimatum de trois mois. Durant cette période, les usagers bénéficiant de ces installations irrégulières sont sommés de se régulariser auprès des services commerciaux de la SEEG. L’État s’engage à fournir les compteurs nécessaires, une commande massive ayant déjà été passée. L’objectif est clair : restaurer une culture de la redevance là où l’impunité semblait être devenue la norme, tout en désengorgeant les services techniques de la société nationale.Mais la carotte s’accompagne d’un bâton bien visible. Une brigade mixte, composée d’agents de la SEEG, d’officiers de police judiciaire et de magistrats, est désormais opérationnelle. Sa mission : traquer les raccordements frauduleux et la piraterie énergétique sur l’ensemble du territoire. Les noms des contrevenants, ainsi que leurs coordonnées et quartiers, pourraient être rendus publics, sous réserve de l’aval de la Commission nationale de protection des données à caractère personnel.
Une pression médiatique et judiciaire sans précédent pour dissuader les récalcitrants.Au-delà de la simple répression, ce plan d’action vise à assainir durablement un secteur vital pour l’économie gabonaise. En exigeant que « tout le monde paie », le ministère de l’Énergie cherche à redonner une bouffée d’oxygène à la SEEG, dont les difficultés structurelles ne sont plus un secret. Cette reprise en main, si elle aboutit, pourrait marquer un tournant dans la gestion des ressources publiques, plaçant la responsabilité citoyenne au cÅ“ur de la relance énergétique du pays.


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