Le bras de fer entre Libreville et les géants de la Silicon Valley prend une tournure diplomatique. Après la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des principaux réseaux sociaux décrétée le 17 février, la plateforme TikTok a choisi la voie du dialogue plutôt que celle de la confrontation. Selon nos informations, une délégation conduite par Nshingu Kazadi, directeur des politiques publiques pour l’Afrique francophone, est attendue dans la capitale gabonaise pour rencontrer le président de la Haute autorité de la communication (HAC), Germain Ngoyo Moussavou.
Dans une missive aux accents de contrition, le réseau social chinois dit « prendre acte » des griefs du régulateur et se dit prêt à aligner ses algorithmes sur la loi gabonaise de 2016 pour garantir un « environnement numérique sécurisé ».Pour lever le verrou qui frappe l’application, l’entreprise basée à Johannesburg sort l’artillerie technique. Elle propose notamment d’intégrer la HAC à son dispositif TikTok Safety Enforcement Tool (TSET), un canal de signalement prioritaire permettant une modération quasi instantanée des contenus jugés séditieux ou diffamatoires. En suggérant au régulateur de lui transmettre directement des listes de mots-clés et des expressions sensibles, TikTok joue la carte de la co-gestion de l’espace public numérique. Cette stratégie de « coopération renforcée » vise à rassurer un pouvoir gabonais particulièrement sourcilleux sur les dérives haineuses et les atteintes à la cohésion nationale qui pullulent sur la toile depuis plusieurs mois.L’enjeu de cette mission de la dernière chance dépasse le simple cadre technique ; il s’agit d’un test de souveraineté numérique pour le Gabon.
Si la HAC a pris soin de préciser que la mesure ne concernait pas une coupure générale d’internet, la mise au ban de Facebook, YouTube et TikTok a envoyé un signal fort aux plateformes internationales : l’accès au marché gabonais est désormais conditionné au respect des codes de communication locaux. Le succès ou l’échec des discussions à Libreville fixera le nouveau mode d’emploi des réseaux sociaux dans le pays et pourrait faire école dans une région où les régulateurs cherchent de plus en plus à reprendre la main sur des flux d’informations jugés incontrôlables.


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