Le Gabon ne veut plus seulement regarder la mer ; il entend la gouverner. Avec 850 kilomètres de façade atlantique et une zone économique exclusive (ZEE) de 213 000 km², le pays de Brice Clotaire Oligui Nguema vient de poser l’acte fondateur de sa nouvelle doctrine navale. Lors d’un atelier multisectoriel de haute volée présidé par le Ministère des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, le gouvernement a dévoilé une réforme juridique majeure qui transforme en profondeur l’architecture de son administration littorale. Fini l’approche segmentée de la « Marine Marchande » ; place à une Direction Générale des Affaires Maritimes (DGAM), véritable tour de contrôle stratégique des eaux gabonaises.
Cette mutation institutionnelle n’est pas qu’une affaire de sémantique. Elle marque le passage d’une gestion purement commerciale à une vision holistique intégrant la sécurité, la sûreté, la protection de l’environnement marin et l’administration des gens de mer. En alignant son cadre juridique sur les standards de l’Organisation Maritime Internationale (OMI), le Gabon muscle sa souveraineté. Pour Libreville, il s’agit de transformer un « potentiel géographique » en un levier de prospérité économique et de sécurité nationale, capable de répondre aux défis de la piraterie, de la pêche illicite et de l’économie bleue.Le second pilier de cette réforme s’attaque au capital humain. Le projet de loi portant statut particulier des personnels des Affaires Maritimes vise à professionnaliser un corps de métier souvent exposé à des risques majeurs. En offrant un cadre statutaire protecteur et motivant, l’État gabonais mise sur l’excellence technique de ses agents pour garantir la fluidité du commerce et la protection des ressources naturelles. Comme l’a souligné le discours d’ouverture, « aucune réforme ne peut réussir sans les femmes et les hommes qui la portent ».Cette offensive législative s’inscrit dans la droite ligne de la « Restauration des Institutions ». En dotant le pays d’un cadre juridique moderne, le CTRI affirme son ambition de faire du Gabon une grande nation maritime africaine. La maîtrise des mers est ici présentée comme le socle de la puissance : dans un monde où 90 % du commerce mondial transite par l’eau, la solidité des institutions maritimes devient une condition sine qua non de l’émergence.L’atelier de validation, réunissant experts et partenaires, marque la fin de l’ère de l’improvisation.
Les fondations de l’administration maritime de demain sont désormais jetées. Pour le Gabon de la Ve République, la mer n’est plus une limite, mais une nouvelle frontière de développement. Si les textes sont validés et appliqués avec la rigueur annoncée, Port-Gentil et Owendo pourraient bientôt devenir les vitrines d’une gestion maritime exemplaire sur la côte ouest-africaine.


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