À Libreville, le Procureur général près la Cour d’appel a tenu à rappeler avec fermeté les règles encadrant les contrôles routiers. Une mise au point qui sonne comme un avertissement direct aux forces de l’ordre face aux pratiques abusives qui empoisonnent le quotidien des usagers.Dans une série de déclarations relayées ce 15 janvier 2026, le Procureur Eddy Minang, figure centrale de l’appareil judiciaire gabonais, a entrepris de redessiner les lignes rouges de l’autorité sur la voie publique. À l’heure où les relations entre civils et forces de sécurité sont souvent marquées par une méfiance latente, cette sortie se veut un acte de pédagogie juridique radicale.
La fin du « racket » institutionnalisé ?
Le Procureur a d’abord frappé au portefeuille en rappelant les dispositions de l’article 267 du Code de procédure pénale. Sa précision est chirurgicale : l’amende forfaitaire est fixée à 10 000 FCFA, et ce, exclusivement pour les contraventions.Surtout, Eddy Minang insiste sur la traçabilité des transactions : « Toute amende doit donner lieu à la délivrance d’une quittance officielle. » En rappelant cette obligation, le magistrat s’attaque frontalement aux paiements « de la main à la main » qui échappent aux caisses de l’État.
Du contrôle à la « séquestration »:
L’autre volet de son intervention concerne l’exercice même du contrôle. Selon le Procureur général, la règle est claire : c’est à l’agent de se déplacer vers l’usager, et non l’inverse. Plus grave encore, il qualifie sans détour de « séquestration » toute rétention de personne, de véhicule ou de documents pour non-paiement immédiat d’une amende.« Il est illégal de retenir une personne, un véhicule ou des documents pour non-paiement immédiat.Une telle rétention constitue une séquestration. » Cette qualification pénale lourde montre que la hiérarchie judiciaire n’entend plus tolérer les excès de zèle. En précisant qu’interpeller un usager sans que le poste de contrôle ne soit clairement identifié est « contraire aux règles », le Procureur retire toute base légale aux embuscades policières improvisées.
Pour les observateurs de la vie politique gabonaise, ce rappel à l’ordre s’inscrit dans une volonté plus large de restaurer l’image de l’État. En période de transition ou de réformes, le comportement des agents en uniforme est souvent le premier baromètre de la qualité de la gouvernance pour le citoyen lambda.Reste désormais à savoir si ce « verbatim » sera suivi d’effets sur le terrain. Si la parole du Procureur est forte, l’enjeu sera celui de l’application des sanctions à l’encontre des agents qui persisteraient dans ces pratiques désormais officiellement qualifiées de criminelles.


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