Le paysage politique gabonais, en pleine phase de maturation après les bouleversements récents, s’embrase à nouveau autour des sorties médiatiques d’Alain-Claude Bilie-By-Nze. L’ancien Premier ministre, habitué des joutes verbales de haute volée, a suscité une levée de boucliers au sein du camp républicain après son passage remarqué sur TV5 Monde. En suggérant que l’actuel mandat de sept ans ne pourrait aller à son terme et en invoquant une « expression populaire » à venir, le dernier chef du gouvernement d’Ali Bongo a provoqué l’ire de figures intellectuelles et politiques, à l’instar du Dr Éric-Simon Zue Obiang.
Pour ce dernier, ces propos ne sont pas de simples critiques, mais les signes avant-coureurs d’une dérive insurrectionnelle visant à fragiliser une légitimité acquise dans les urnes.Au-delà de la forme, c’est le fond de l’argumentation de « l’opposant » Bilie-By-Nze qui est passé au crible de la critique. Accusé de pratiquer une amnésie sélective, l’ancien dignitaire se voit renvoyé à son propre bilan par ses détracteurs. Comment s’indigner aujourd’hui de la dette ou du blocage de la fonction publique, alors que les quatorze années précédentes ont été marquées par un gel des recrutements et une accumulation de passifs financiers estimés à plusieurs milliers de milliards de FCFA ? Cette tentative de s’ériger en défenseur des enseignants — en réduisant leurs revendications à une simple question pécuniaire — est perçue par beaucoup comme une insulte à l’intelligence d’un corps social qui a longtemps souffert des choix d’hier.Le volet diplomatique de cette confrontation n’est pas moins vif.
Alors que Bilie-By-Nze pointe du doigt d’éventuelles restrictions de visas comme le signe d’un isolement du pays, ses opposants lui rappellent que le véritable point de rupture diplomatique a été atteint bien avant l’actuel mandat. La « diplomatie de libération » saluée par de nombreuses chancelleries après les événements d’août 2023 semble avoir redéfini les rapports de force, rendant caduque l’analyse d’un ancien ministre des Affaires étrangères jugé responsable du déclin de l’influence gabonaise sur la scène internationale. La controverse actuelle souligne ainsi le fossé grandissant entre une ancienne garde en quête de revanche et une nouvelle classe politique soucieuse de stabiliser les institutions.En définitive, le débat qui oppose le Dr Zue Obiang à Alain-Claude Bilie-By-Nze pose une question fondamentale pour l’avenir du pays : le Gabon peut-il se permettre le luxe d’une instabilité permanente ?
En suggérant la tenue de nouveaux « états généraux » ou en prophétisant la chute du pouvoir actuel, l’ancien Premier ministre est accusé de jouer avec le feu pour assouvir des ambitions contrariées lors des dernières échéances. Pour les défenseurs de l’ordre républicain, la priorité reste la protection d’une jeune démocratie qui ne saurait être l’otage des stratégies de reconquête de ceux qui, après avoir exercé la réalité du pouvoir, semblent aujourd’hui en contester les règles les plus élémentaires.


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