Dans les couloirs feutrés du ministère de l’Énergie, le scénario commence à dater. Ce mardi 17 février, Philippe Tonangoye a une nouvelle fois convoqué le top management de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) pour exiger des « explications » sur les délestages qui asphyxient le Grand Libreville. Face à lui, Léon Meviane, président du conseil d’administration, a déroulé le chapelet habituel des contraintes techniques : vétusté des installations, hausse de la demande et incidents de réseau. Mais au-delà des rapports techniques, c’est l’impuissance de la tutelle qui interroge.
À Libreville, le contraste est saisissant entre les discours de modernité et le quotidien des ménages, rythmés par des coupures qui semblent défier toutes les promesses de régularisation.Si le ministre brandit l’accélération des chantiers, comme la nouvelle ligne de transport vers Akanda, pour calmer l’opinion, le mal est plus profond. Philippe Tonangoye se retrouve aujourd’hui face au défi de la crédibilité. Exiger des « solutions immédiates » est une chose, piloter une mutation structurelle en est une autre. Depuis des années, le serpent de mer de la réforme du secteur — visant à scinder l’eau et l’électricité pour en faire deux entités distinctes et performantes — semble s’être enlisé dans les sables mouvants de la bureaucratie. Pour les observateurs, la multiplication des « convocations d’urgence » ressemble davantage à une mise en scène politique qu’à une véritable reprise en main d’un secteur au bord de l’implosion.L’autre grand absent de ce débat reste la concurrence
. En maintenant le monopole de fait d’une SEEG vieillissante et sous-capitalisée, le ministère bloque toute perspective d’innovation et d’efficacité par le marché. Tandis que plusieurs pays de la sous-région ont entamé leur mue en ouvrant la production et la distribution à des opérateurs privés, le Gabon semble s’accrocher à un modèle vertical obsolète. Philippe Tonangoye, qui se veut l’artisan de l’accès universel, pourra-t-il éternellement justifier le maintien d’un système qui punit les entreprises et les citoyens par son inefficacité chronique ?In fine, la gestion de ce dossier devient un test de survie politique pour le ministre. La promesse d’une « modernisation durable » ne pourra plus se satisfaire de poses martiales devant les caméras. Sans une véritable volonté de briser le monopole et d’accoucher enfin de la séparation des filières eau et électricité, Philippe Tonangoye risque de rester celui qui demande des comptes, sans jamais en rendre sur l’échec d’une réforme de fond. Pour le Grand Libreville, l’obscurité n’est plus seulement une panne technique, elle est devenue le symbole d’une transition énergétique qui se cherche encore entre deux rapports de commission.


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