Le 8 janvier 2026, face à l’administration, le chef de l’État a durci le ton. En ouvrant le débat sur le retour de la peine de mort et en ciblant les dérives des lieux de culte, Brice Clotaire Oligui Nguema dessine les contours d’une Cinquième République où la solidarité nationale ne va pas sans une discipline de fer.C’est sans doute l’annonce la plus clivante. Face à la persistance des « crimes de sang », le président a choisi de porter le débat sur le terrain de la justice radicale. Refusant de trancher seul, il a instruit le gouvernement d’organiser une « consultation populaire » sur la question de la peine de mort.
Fermeté affichée :
L’État promet de ne laisser impunis ni les auteurs ni les commanditaires de ces crimes.Légitimité populaire : Pour le chef de l’État, cette réflexion doit être portée par le peuple qui l’a élu.Ce virage sécuritaire répond à une exaspération croissante de l’opinion face aux crimes rituels et à la violence, marquant une volonté de rompre avec une certaine forme de laxisme judiciaire.
Le verrou des engagements internationaux:
C’est sans doute l’obstacle le plus complexe. Le Gabon n’a pas seulement aboli la peine de mort dans son droit interne en 2010 ; il a scellé cet engagement au niveau international.Le Deuxième Protocole facultatif de l’ONU : Le 2 avril 2014, le Gabon a ratifié le traité des Nations Unies visant à abolir la peine de mort. Ce protocole ne prévoit aucune procédure de retrait. En droit international, une fois qu’un État s’engage dans ce traité, le retour en arrière est théoriquement impossible.Le risque d’isolement diplomatique : Un rétablissement placerait le Gabon en contradiction directe avec les standards de l’Union Africaine et des Nations Unies. Cela pourrait ternir l’image de la « Cinquième République » qui cherche justement à consolider sa place dans le concert des nations (notamment au sein du Commonwealth).Le passage à la Cinquième République s’est accompagné d’une volonté de moderniser les institutions.
La hiérarchie des normes :
La nouvelle Constitution consacre généralement le respect de la vie humaine et la dignité. Rétablir la peine capitale nécessiterait une révision constitutionnelle ou une lecture très spécifique des textes fondamentaux, ce qui pourrait affaiblir la cohérence juridique du pays.L’irréversibilité de la justice : Dans un système judiciaire où le président lui-même appelle à lutter contre la corruption et les « comportements déviants » des magistrats, l’irréversibilité d’une exécution pose un problème éthique majeur : que se passe-t-il en cas d’erreur judiciaire ?
D’un point de vue criminel, les experts soulignent souvent que la sévérité de la peine (la mort) est moins dissuasive que la certitude de la peine (le fait d’être arrêté et jugé). Le défi pour le Gabon reste avant tout de renforcer sa chaîne pénale pour que les commanditaires des crimes rituels soient systématiquement identifiés et condamnés à la réclusion perpétuelle, déjà prévue par la loi de 2010.


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